27 juillet 2009
D'Ici à illeurs (Partout ailleurs)
XXX
Passé imparfait
Mollement, nous vivions d'expédient
des automates du siècles des lumières
nous pendaient aux dents
nous balayions devant les boutiques
et ne pensions qu'au billet vert
que l'on trouverait peut-être
coincé là
entre une épluchure de pomme-de-terre
et un recueil de Rabindranath.
XXXI
à Billie Holiday
Pet du Pli Cité
Une voix chante quelque part
"What a little moonlight can do"
une voix que la musique porte
comme on porte une plume
Et c'est un cri soudain qui casse l'air
"Moonlight Market can do anything for you"
l'espace vibre sous un pas de course
la voix oubliée le cri sold-at
reste.
XXXII
"Mourir pour des idées d'accord
"Mais de mort lente..."
G. Brassens
Passé imparfait
Ils avaient le coeur droit
et l'âme sensible
ils se battaient parfois
et c'était risible
Des millions de morts
pour des idées que le temps
a conservé c'est fort
dans les magazines à mi-temps
Ils avaient le coeur moite
et l'âme négligeable
ils se moulaient dans la ouate
et la télé par cable.
XXXIII
L'Eden sans serpent
Nous étions de vagues réminiscences
d'un dieu que nous ne croyions pas
il y avait dans le jardin des espérances
une pomme d'or que nous ne mangeâmes pas
Nous étions femmes nous étions hommes
mais ne nous aimions pas
quelque part des chrysomes-
hélaient des arbres au pas
Nous étions là et soupirions en silence
après une vie qui ne venait pas
nous étions làs et notre absence
ne nous manquait pas.
XXXIV
Une liberté que la cage
protège.
Home sweet home
Quatre murs peints à la chaux
constituent ma liberté
Je suis libre d'aller et venir
tant que ces quatre murs
seront là pour m'accueillir
les soirs où je voudrais dormir
Quatre murs peints à la chaux
c'est là ma sécurité
Un arbre auquel je pourrais m'accrocher
les jours où le vent
voudra faire le fier
Quatre murs peints à la chaux
et rien ne me chaut
Sinon ces quatres murs peints à la chaux
étouffant d'exiguité
mon corps fait pour les terres
que rien n'enferme sinon la mer.
XXXV
Contre-oxymore cornélienne
Au seuil des miracles attendus
trop longtemps déçus
je lèverai le ciel en place du soleil
je l'élirai couvercle de mon cercueil
Et quand l'homme blanc
flanqué de sang noir
viendra me dire bonsoir
je lui percerai les flancs.
XXXVI
"Tous mes rêves, le sang gratuit
"répandu le long des rues,
"mêlé au sang des boucheries."
In Memoriam, L.S. Senghor
Nous étions jeunes enfants de la terre
l'aube nous baignait de lumière
nous étions seuls parmi le monde
la parole nous faisait une ronde
où nous chantions des heures
oublieux des vents raîlleurs
qui nous criaient de là-haut
leur liberté de matelot
voguant de terres en terres
sans jamais accrocher la lumière
Nous étions jeunes enfants de la terre
nos demains s'inspiraient des hiers
nos arbres étaient puissants et lourds
nous nous accrochions à leur immobile cours
nous étions vivants au seuil des lumières
nous rêvions de joies passagères
ignorant le vent de toujours
qui nous sussurait ses mots d'humour
Nous étions jeunes enfants de la terre
ils sont venus les dieux à l'âme fière
blancs de teint et noirs de cheveux
si différents de nous si vieux
ils nous dirent voilà le bien voilà le mal
l'un est joyeux l'autre est fatal
nous cherchâmes nos arbres des yeux
pour nous accrocher nous retenir à eux
ils nous lièrent les pieds retinrent nos mains
par des ronds de fer inhumain
et nous dire la liberté c'est le bonheur
attachez-vous à nous suivez l'heur
qui rejoint le demain efface l'hier
ils mirent à nos mains des liens de fer
et le vent au-dessus continuait sa rengaine
et les arbres soudain firent des branches naines
et poussèrent des bois de misère
au front des collines vespérales
où nous dansions nos rondes verbales
Nous étions jeunes enfants de la terre
la fumée monte encore de nos coeurs
nous sommes adultes et fiers
et le vent là-haut plus que naguère
raîlle notre lent cours
nous que le fer a fait plus lourds.
XXXVII
Sodome et Gomorrhe
Nous avions le goût de l'amer et le miel
coulait lentement dans nos gorges irritées
nous criions de l'aube jusqu'au soir l'appel
à Dieu qui tout là-haut nous avait alités
Nous gesticulions nos membres ankylosés
nos os craquelaient sous des muscles de sel
nous étions vieux et nous avions alors osé
rire nos larmes et déchirer le missel
La vie était courte alors
et pleine d'un doux désaccord
où chantaient les sourds
muets à la cour
Des bouffons devenus rois
et la liberté un droit
fous ! nous y puisâmes
des morts le sésame.
XXXVIII
Black beauty
d'après une photo made in Le Monde
Le sein noir la bouche usée
crevasses sur crevasses
faims sur faims
Des os un peu de peau
gigottent sur son dos
parfois dans son ventre
c'est le présent ou l'avenir
Un gros bâton
dur comme le pied
frappe le mil
et le mout
De gros yeux derrière la tête
suivent le trajet du bâton
gros et dur comme le pied
Un flash en face
cristalise la vie
un sein blanc une bouche purpurine
un goût de bombance autour des yeux
Le sein noir la bouche usée
regarde et se tait
le droit au silence
est un devoir pour la faim
Le sein noir la bouche usée
un morceau de sourire
un rêve de répit.
XXXIX
Ironie ?
Pauvre et naïf
comme le fut Abraham
confiant en l'esquif
parce que Dieu aie son âme.
D'Ici à illeurs (Là)
XXI
à Charlie Parker
Au coeur du noir, c'est le jour au-delà
Charlie, l'oiseau chantant
celui que le saxo respire le coeur
bebop bebop
Au coeur, c'est la vie, ma vie - au rythme du piano grignotant le temps à coup de dents blanches et noires - la peau de même et le sang toujours rouge pour injecter les yeux aux fumoirs et blesser la peau quand la mort est prête.
Au coeur du noir, c'est la vie qui s'en va
à bout de souffle, dans une Ford années 30 où le ventre ronfle comme un derrière cherchant une issue à l'air.
C'est le chant, le bec rougi par le saxo et la force dans les bras, les doigts, les poumons.
Cela crie, cela pleure, cela parle, parle à ne plus savoir s'arrêter de parler.
Au coeur du noir, c'est la mort qui se bat
Elle se demande s'il faut l'emporter, cet air qui blesse l'oreille autant que le coeur. Le coeur toujours prêt à exploser la poitrine.
Cinq doigts dessus, cinq doigts dessous et des lèvres aussi endolories qu'un ventre de femme au travail.
C'est la vie qui gagne toujours même quand le corps n'est plus là. La vie dans l'air doux et oppressant que chante Charlie, the bird.
Au coeur du noir, c'est la vie qui veut ça
La vie, pas celle du coeur, mais celle de la pierre, du monde que l'on touche et qui ne réagit pas. Un cachet de 20 dollars pour que les pieds tapent le sol et que les ventres se noient d'alcool. Les coeurs ennivrés n'écoutent plus, il battent. Et son propre coeur à soi bat de même au son d'une aiguille lacérant le bras.
Au coeur du noir, c'est la nuit ici bas
Toujours le plafond qui écrase la tête et ce bras gonflé, criblé de trous qui traîne sur le flanc.
La pluie dehors bat la fenêtre et gicle sur la peau qui tréssaille et se tait, se calme, s'endort.
Au coeur du noir, il se noie
le rythme lent va vite. Cela s'appelle blues rythmé et cela prétend au rock, la pierre efficace.
Mais le rock, c'est aussi la glace que réchauffe l'alcool aux ventres perforés. C'est le rire à l'éclat, bien au-delà des mots.
C'est la vie qui s'en va, même si la mort n'en veut pas.
XXII
Marie
Des seins coincés au haut d'un corps
un pubis que les jambes tentent d'avaler
elle était telle
et rien de plus
pour les hommes que le destin
lui a fait connaître.
XXIII
Là-bas-lle-l'icite
L'enfant là-bas
la balle à la main
vit
L'enfant ici
la balle à Roissy
gît
Un homme
tout de noir éteint
le tient
Des hommes des femmes
tout autour
passent
Là-bas c'est la vie
avaient-ils dit d'ici
Là-bas c'est la vie.
XXIV
Le fixe et le mouvant
Au vaste monde que reflète mon amertume
je choisis de donner vie
non pas que cela me ravit
mais c'est faire injustice que tuer ce qu'hume
chaque homme en son corps
chaque être en son vivant
Ici est la vie où est le mouvant
le fixe est cet oeil qu'Osiris sort
de son ventre gonflé d'espérance
oh naïve, naïve espérance
l'oeil de vie est celui du rêve sous la paupière
à la cadence de ses aventures éphémères
il danse et l'extase au seuil
perce même le cercueil.
XXV
Malentendu
Au soir
quand se couche le corps
une âme prête à éclore
on sort
Des lumières cachent la nuit
Des restaurants
à l'enseigne de Gavroche
crachent leur reste au rang
des pouilleux dehors
Le corps en alerte
et l'âme prête
on dort.
XXVI
à l'Ange
Une fenêtre ouverte
Au moindre vent qu'aiguise la sentinelle
un morceau de fioriture s'y fourvoit
et c'est la déconfiture
si l'on n'y voit pas plus loin que cela
Un reste de vent écarlate
ensanglante la dent sage
et c'est à son soin que le permanganate
vient y glisser ses orages
Un vieux au sein tombant
vient encore sous le pont me questionner
il me demande si le tombeau d'avant
n'était pas pour lui, le mauvais né
Un regret que le simple jour
n'apaise ni de sa fleur ni de son soleil
Je lui réponds que l'amour
n'est point du et que l'éveil
c'est une fenêtre ouverte sur le demain
que chacun espère et que personne ne retient
une sorte d'aventure que l'incertain
garde précieusement en son sein.
XXVII
Les vieux et la terre
La terre est là qui lèche
de ses herbes grasses
le ventre qu'elle tend à la bèche
une bouche qu'embrasse
le fer crénelé de rouille
Amour violent, lent, tenace
le ver sur le fer grouille
et si la pluie menace
un sourire aux lèvres
les vieux lentement se lèvent
regardent, regardent la terre
regardent le ver
grouillant sur le fer
et le sourire amer
se ferme et le coeur
ralentit, à peine, ses heurts.
XXVIII
à Géraldine B.
Elle n'avait de vie que la mort
tombe après tombe l'essort
nageait au bord des mares
nageait au bord des mares
Hugo le bon vieillard
venait à elle quand tard
le soir la laissait au bord
d'une fosse pas refermée encore
Des mots s'accrochaient à sa bouche
tentaient d'ouvrir ses lèvres
mais seuls les yeux fermés
perlaient quelques soupirs
Tout était sec
les os craquaient dans son dos
et c'est la poussière
juste soulevée par le vent
qui lui disait peut-être
ici respire le temps.
XXIX
à Romy Schneider
un non pour deux si
Assise au bord des jours révolus
elle heurte de ses pieds les remords
d'un revers de main les morts
le lac est paisible et rayonnant
dans la vallée lointaine
c'est là qu'est le fruit dit la Certaine
un beau matin
aux alentours des rêves épandus
le vent souffle
qu'elle n'entend pas encore
Attachée au sein du coeur éternel
elle chante le grand Danube bleu
et l'Hongrie souveraine
et puis se tait quand Elizabeth la reine
au balcon blanc des espérances
vient y mourir
sa révérance.
26 juillet 2009
D'Ici à illeurs (ICI_2/2)
XI
Electre mon amour
Au clair de la lune épaisse
Je me souviens des facteurs
Innocentant la pécheresse
Qu'elle fut et moi le pécheur
L'herbe transpirait de froid
Il y avait dans l'air frémissant
Sous le regard de la lune l'émoi
De nos deux coeurs paissants
Un amour interdit par la foi
Car il est dit par la loi
Que l'amour ne suffit pas
Quand le même sang coule dans le même émoi.
XII
à Géraldine B.
La fille blonde aux lèvres grasses
Que nous rêvions ensemble
Assise sur nos ventres
D'une main lasse
Nous la remplaçons ensemble.
XIII
Amour anonymique
Au bord des lampadaires
Accroché à mes vains engouements
Pour les amours altières
Et les saints sacrements
J'ai puisé dans le regard des femmes
La luxure nécessaire
A la beauté des drames
Le corps frémissant se terre
Sous le sol intellectuel
Des masturbations constantes
Raisonables régulières perpétuelles
Solitaires et haletantes.
XIV
à ma mère
Ici, là, au pourtour d'un pays
aux alentours d'une chambre
un enfant est né
une mère a vécu
et par-dessus le toit
la pluie a battu
que l'on n'entendait pas.
XV
Innocence
Au creux d'une oreille tendre
où le soleil point à peine
un morceau de sourire
écarquille mes lèvres
et ouvre mes yeux
Au vent du passé
que grignotte une vieille musaraigne
je lâche le sanglot long
des violons de Verlaine
que prononcent à perdre haleine
les nuages doux et blancs
floconnant dans le temps
comme la neige sous le sable
Et puis, au bout du quart d'heure
que ne savent pas atteindre les hommes
un enfant me veille et me dit bonjour
et me serre la main
comme si j'étais vieux déjà
et m'appelle "monsieur"
quand je me sens enfant comme lui
quand je me veux enfant comme lui
Un enfant me vient
et l'oeil ouvert et la bouche fermée
un bonjour à la main
et le coeur en dedans battant
ne sachant dire s'il a besoin de moi
ou si j'ai besoin de lui
L'eau clapotante dans le lac artificiel
me rappelle que le jour est bon
en ces moments où l'hésitation
capture la langue
et remue le coeur
jusqu'au bord des yeux
Je lui offre la main
je lui offre le coeur
afin qu'il respire mieux
afin que la parole, en doux murmures
vienne briser les mots
l'angoisse qui l'étreint
la peur qui le captive
en ses cercles incertains
en ses maillons trop sûrs
Je l'enveloppe en moi
et puis soudain
son corps me disperce
et devient l'innocence
que je ne connais pas
il éclate de lumière
il bouleverse mon âme
et soudain me fait femme
qui le délivre en douleur
qui le délivre comme un bonheur
sur un lit de fer
où se promulgue l'univers.
XVI
Un ange
Un grain de soleil a tranché ma joue
Il était fin au centre, épais en ses bords
Comme un verre à lunette
Pour ceux qui ne voient pas loin
Il a tranché ma joue d'un jet
Et s'en est allé se figer
Dans la terre qui n'était pas loin
J'ai ouvert grand
Ma peau qui luisait
Au lever du jour
J'ai ouvert grand
La porte de mes mains
Et j'ai attrapé un second grain de soleil
Avant qu'il ne se fige dans la terre
Un grain pas plus grand qu'un grain de merveille
Un morceau d'éclat à la lune pareil
Je l'ai fixé du regard un long moment
Et le moment fini, il n'était plus là
Ma main l'avait absorbé
Ou l'air l'avait mangé
Ou le soleil l'avait brûlé
J'ai regardé ma main longtemps encore
La peau s'écaillait sur les bords
Et de fins filaments y traçaient
Des chemins que je ne savais pas lire
Des blessures que je ne voulais pas ouvrir.
XVII
Au bout
Au bout, il y avait l'erreur
celle qui nourrit le corps
et pèse les mots
J'étais jeune encore
et la fuite vaincue
s'allongeait à mes pieds
Le coeur et l'âme disparue
je goûtais la musique
de mes vains échouements
La nuit fermait le jour
sur des hurlements
que la bouche ne pouvait
pas dire encore.
XVIII
Ici
Au ciel qui vend l'infortune
je pèse les mots comme on pèse des prunes
un cageot commercial au SUMA d'en face
me sert de pagne que la vie efface
Ici, au ventre des incertitudes
j'entends battre le coeur et la multitude
y renaît l'âme que jadis vainquit
le Jason de Médée maudit
Ici, dans la peau grande ouverte
je sang la vie me grandir
je sens la voix experte
de celui-là seul qui sait
celui-là seul que mourir
est un lointain que la nuit seule tait.
XIX
Les mots
Les mots sont là
à l'intérieur
et rien ne les peut sortir
si ce n'est peut-être
cette feuille qui tombe de l'arbre
et que l'air seul retient
le temps de vivre.
25 juillet 2009
Il était temps
Un grand pardon à l'auteur de ce blog ! J'avais promis d'y jeter quelques messages, de temps en temps, mais le temps a manqué. Mais bon, à force de te voir rôder autour des filles dans les bars, je veux mettre mon grain de sel... Tu saisis, tequila ?
Le vin palpite mes lèvres
Ma langue, mes mots
Il est là
Au bord du lit
A se demander pourquoi je ne ris pas
Je suis lasse
Mais le vin agace mes nerfs
Alors j'ouvre grand le coeur
Je ferme ma bouche
Et lui offre
Le plus doux des baisers.
Juste pour le fun
Un ange est venu me rendre visite
et m'a laissé en gage
un coeur confiant
et plein d'espoir.
Juste cela,
rien de plus.
Je suis heureux...
24 juillet 2009
D'Ici à illeurs (ICI_1/2)
I
C'était ma vie
Un morceau de boue s'est accroché à ma jambe
J'ai voulu l'en écarter d'un coup de pied
Ma jambe a gesticulé
Mon corps a courru
Mais il n'y avait rien à faire
C'était ma vie
Et je ne pouvais m'en défaire.
II
"Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
"Hier, demain, toujours..."
Le Voyage, C. Baudelaire
Lundi matin
Lundi matin le jour aphone pleure
Il n'y a pas de soleil à la fenêtre
Les rideaux levés
Les marchands gesticulent
Pour ne pas avoir à parler
Je regarde la nuit finir
Sans comprendre très bien
Pourquoi la lumière
Ne vient pas jusqu'à moi.
III
à Wittgenstein
Sublimation
Mon monde est tout ce qui n'a pas lieu
Le cri incertain de l'onde marine
La parole décharnée d'une fille
abrutie de lumière
La marche nonchalante d'un camé
se branlant au haut d'un immeuble
La porte ouverte d'un puissant
de ce monde où rien n'a lieu
Le rêve obsédant d'une Marylin
toujours vivante
toujours souriante
toujours aimante
toujours amante.
IV
Ici est là
Réseau de néant sur les toits
Réseau de vie en contrepoids
Nervure amoureuses en écharpes
Doigts fourmillant en sommeil s'échapent
Ici est là lieu de vie lieu de mort
Ici et là c'est oui en désaccord
Réseau de néant sur les doigts
Réseau de vie s'y lit parfois.
V
Ad lIbidem
Le vent traînait ses guêtres de rapine
Sur les toits On l'attendait
Un verre entamé et la quinine
Prête pour ceux qui suivraient.
VI
Vi(e-c)aduc
Le remords retord
en mâle désaccord
mes fénéants efforts
à la mort
Le retors remord
à ce hideux houx de corps
mon néant sort
à la mort.
VII
d'Ici àIlleurs
Au soir la journée passe
Entre le coeur et un bol
Le jour lasse et la nuit efface
Les puits de veine et le geste fol.
VIII
Ad lib. idem
L'alcool est ce brûlant breuvage
qui, à une jeune fille
court vêtue
et courant partout
dit :
"Eh, t'es qui là ?"
IX
Ad libitum
Bouffi jusqu'aux oreilles
d'alcool et de peine
le coeur s'en vient
que la haine ravale
les yeux mi-clos
les joues roses
de marches lentes et poussives
tout dans l'inadéquative.
X
BIsexion
Elle a le sourire volage
Et les yeux pyraliques
Elle s'attarde au foyer
Des passions de passage
Ses genous pliés
Que la jupe découvre
Heurtent la lumière
Qui vient les réchauffer
Je la regarde de loin
Tout en prière
Et je pense à ses mains
Qu'elle me tendit naguère
Un rêve que la nuit seule
Y met la croyance
Un voeu que la mort seule
Y met l'espérance.
Avant le rêve
Rien ne sort. Sans doute ai-je été trop longtemps privé de sensations. L'émotion est essentielle à l'écriture.
Si le coeur est sec, si l'on n'a rien à l'intérieur de soi, on n'est bon à rien.
Le problème est que ceux qui ont le plus à offrir, croient que ça ne vaut rien, ou pire, que ça n'existe pas.
D'autres peinent à donner, parce qu'ils ont peur de perdre ce qu'ils donnent, alors qu'ils ne font que le confier (reste à trouver un coffre fort sécurisé).
ça ne m'avance pas beaucoup, tout ça. Encore une prise de tête en perspective ;-)
Le rêve et Bukowski
Le rêve. J'ai longtemps cru qu'il était ailleurs, là où je n'étais pas. Comme Bukowski, je vais tenter de dire "je" au lieu de "nous" ou pire "on".
Le rêve est ici, il est là où je suis. Comment pourrait-il être ailleurs puisque je n'y suis pas et n'y serai jamais. Le rêve, c'est moi. Je ne crois pas que le rêve me fasse, ni qu'il me refasse, comme le corps se refait, cellule après cellule, ou une mémoire qui se remémorerait pour ne pas s'oublier. Bukowski a aussi parler de piège, je crois, dans un journal hillarant qui a pour titre Le capitaine est parti déjeuner et les marins ont pris le bateau. L'écrivant, je dis écrivant comme certains disent analysant, se prend assez vite à des pièges comme d'essayer de penser les choses en dehors de soi. Pourtant, même les ennemis du subjectivismes, les rationalistes comme ils se nomment parfois, ne peuvent penser en dehors du soi.
Je sais, je me suis pris à un autre piège, celui de la digression qui, à moins d'être Proust n'aboutira à rien de bon. Mais la digression est finie et je reviens au rêve que je suis.
Le rêve que je suis n'est pas fait que de nuit, mais la nuit remplit les trois quarts de mon vivant. C'est là où j'écris, là où je lis, là où j'aime, là où j'espère, là où je désespère, enfin, là où je vis.
Je ne suis pas assez direct, je ne dis pas les choses comme je les ressens. C'est cette foutue plongée dans le cognitivisme qui m'a restructuré. Il s'agit bien de structuralisme, là, il suffit de s'immerger un instant dans un système de pensée pour que tout change. C'est après ça que je comprends mieux pourquoi l'homme a cette faculté unique de faire le monde plus qu'il ne le fait.
Bon, le rêve maintenant. Il faut que j'en parle. Mais parler de lui ou de moi, c'est la même chose. Je n'est pas un autre, je est un rêve. Il est là, flou et précis, intangible et solide, inaltérable et évanescent, certain et imaginaire, ni être ni néant, ni passé ni futur. Plus invisible que l'air, plus nécessaire aussi. Il est moi, ni dedans ni dehors, une fine pellicule entre mon corps et celui des autres, entre mon regard et ce que je regarde. Il est moi, il n'est pas en soi. Comme la conscience, comme moi, il est vide, il est tout entier dans ce qu'il rêve. S'il fallait lui prêter une fonction biologique, je lui donnerai celle de la peau. Un échangeur, un régulateur, un homéostateur, un protecteur et un metteur à nu, une brèche et un rempart. Il se révèle à soi-même et, comme un secret, je risque de ne pas le garder, et le donnant aux autres, me donnant aux autres, soit je me délivre, soit, comme à la bataille, je me livre.
En farfouillant un peu, j'ai retrouvé le journal de Bukowski et j'y lis ceci : "Je n'agis pas sur le monde, je ne fais que le subir." C'est encore le rêve peut-être quand je dis que je fais le monde plus qu'il ne me fait. A moins que le "je" et l'homme soient d'une espèce, d'une famille, d'un ordre très différent. Je vous ai prévenu, je n'emploie que le "je", pas le "nous" et encore moins le "on".
Bon Dieu, ça n'a rien à voir, mais il faut que je vous livre cette phrase, ce paragraphe pour être précis, de Bukowski. Je précise qu'il raconte une de ses altercations avec les services de l'ordre, rien de bien méchant, mais régulier.
"Pour étrange que cela soit, leur présence ne me faisait ni chaud ni froid. Petite précision, mon comportement n'était étrange qu'au regard de la règle commune, pas selon mes critères. Je ne voyais que leurs mains, leurs pieds et leurs visages. Ce qu'ils avaient derrière la tête, je m'en tamponnais. Je n'ai jamais placé mes espoirs dans la raison ou la justice."
Une autre perle de Bukowski : " A chaque fois que vous payez quelqu'un afin qu'il vous dicte votre conduite, vous vous condamnez à la défaite."
"Nous sommes fait de papier". J'aime de moins en moins le "nous" dans l'écriture, mais en ce qui me concerne, Bukowski a raison. Je suis de papier, comme le rêve que j'écris à petits pas, à petits mots. Ce rêve qui n'est que moi et que je tente d'accomplir avant qu'il ne m'accomplisse tout en sachant que, de toute manière, les résultats, moi, le rêve, seront identiques. Le rêve, moi, fonction, action, en cours, "sous le coude" comme disent les fonctionnaires, est peut-être, sera, toujours en mouvement, jamais statique, parce que l'arrêt, quoi qu'on dise, malgré Moïse, Jésus et Mohamed, l'Eden, le paradis, l'enfer, c'est la fin, le début de l'un, la fin du tout, le non-je, le non-rêve, le cauchemar. Enfin je crois...
Voilà une vérité de Bukowski que je fais mienne : "Reste l'autoroute que j'emprunte dans les deux sens. Autrement le moyen le plus radical de se rappeler comment fonctionnent les trois quarts de l'humanité. Qui ne sont guidés que par l'esprit de compétition. De sorte qu'à trop désirer votre perte, ils se condamnent à la défaite."
Dans le fonds, je ne vois qu'une chose à dire à propos du rêve : c'est la vie.
Lit vide
Le jour finissant
l'âme errante revient
des marteaux en guise de sonnette
et le vent pour toute caresse
Le coeur à peine ému
se heurte à ses os
durs de silence
et creux de pensées
A tâton
l'oeil nyctalope
retrouve le mur
et s'y cogne
Le jour finissant
le corps arrêté
tâte à nouveau l'air
et le trouve frémissant
Juste le songe
d'une nuit.
A Marie Trintignan
Le monde est un mur
que la beauté orne
de plomb
Ma main
trop maladroite
Mes yeux
trop murs
Ma langue
trop amère
Mes oreilles
trop cassées
Ma cervelle
trop froide
N'y découvre que le sang
n'y découvre que la pierre
épousant les tombes
N'y découvre que le vide
laissé par les bombes
n'y découvre que la terre
épuisée
femmes enfants battus
toutes les secondes
Le monde est un mur
et je suis
laideur bornée d'acier
un homme civilisé.
