30 août 2009
Lolita et la quiétude
C'est drôle, j'ai l'impression d'être quiet, rassuré. Pas besoin d'amour ni d'homme ni de femme. Je me sens rassuré. Cela me plaît, et en même temps j'ai l'impression d'être mort.
J'ai visionné hier Lolita, le film tiré du roman de Nabokov. C'est tout simplement pathétique. Un quadragénaire amoureux d'une fille de 13 ans. C'est bizarre, surtout, un peu comme si les phantasmes, qui ne doivent rester que phantasmes, devenaient réalité. Contre le principe freudien du plaisir et de la réalité. C'est dégoûtant et à la fois curieux, un peu comme si dans cette réalité phantasmatique, se révélait un visage de l'homme commun.
Mais dans cette fiction, du côté de Lolita, tout est affaire d'argent ou cela le devient. Lolita est une putain qui se fait payer les grâces qu'elle donne. Et puis, en échange de 4000$, l'homme ne veut plus qu'on la touche. Je crois, j'en suis sûr, je suis de ces hommes qui auraient fait ce geste dès le premier instant et puis, et puis j'aurais disparu, parce qu'un monstre n'a qu'une solution : disparaître.
"Mesdames et messieurs les jurés, je ne regrette rien et ne veux être coupable de rien."
C'est gentil, la quiétude, mais je ne me plais pas là-dedans. S'il me faut inventer une vie, je l'inventerai turbulente et pleine de souffrance juste pour pouvoir y résister.
Nabokov, je me demande comment il a pu inventer une histoire pareille, si pathétique, si près de l'homme, le mâle impuissant (châtré à son adolescence), ne trouvant sa jouissance que dans le sexe pubère. Le sexe, le roi du monde, et le démon de tous ceux qui ne l'ont pas assouvi.
Exercice de style - voyelles - juste pour rire

Une belle de coeur en le beffroi entra
Lorsque je me sentis froid et paria
Elle me tendit une bouche que mon coeur serra
Pour ne plus quitter ni celui-ci ni celle-là
Au bal qu'on donna à la lune l'un
Arriva l'instant où l'une
Au bord d'un mont qu'on dira dune
Disait son amour à l'une
Disait son amour à la fortune
La fortune menant au beffroi
La belle qu'y enferma la loi
D'un amour qu'elle eut pour moi
Un jour qu'en le très haut j'eus foi
Il se passa du temps entre le bal brasero
Et l'instant qui la fit Io
Qui me fit Zeus pour engendrer Caliméro
Cet enfant au chef permanent O
Que j'aimais serrer à l'heure du capuccino
Je l'aimais, elle, et Caliméro itou
La femme et l'oisillon serrant mon cou
Je l'aimais et son moindre bisou
Etait le grand rêve rêvé par le fou
Moi, l'insensé, je les ai accroché au clou.
22 août 2009
Adieu
à G. B.
Le désir est froid
juste le coeur qui bat
comme un mécanisme indépendant
et cette odeur qui vient de loin
la sueur au bord de tes reins
ces gestes faits et refaits
qui reviennent
comme un souvenir
juste un souvenir
dans le désir froid
de mon coeur
à présent éteint.
14 août 2009
aller au plus simple
Pierre Puvis de Chavannes
Sainte Geneviève veillant sur Paris
Huile sur carton - 31,7 x 18,8 cm
Paris, collection particulière
Photo : Philippe Sebert
Je ne sais pas trop ce qui ne va pas en moi. Toute cette attention que je me porte à moi-même me met mal à l'aise.
Tennessee Williams dit qu'un artiste ne peut qu'être égoïste dans son art. Je suis d'accord avec lui mais tous ces gens qui s'ouvrent autour de moi, qui pépillent, qui lancent les mêmes pensées à tout le monde, me fatiguent.
Je suis différent. En théorie je m'en réjouis, mais la réalité affective me force à admettre que je ne l'ai pas souhaité et que j'en souffre.
L'écriture simple n'est pas mon fort, c'est cependant vers ce style simple, dépouillé de tout emphatisme que je me dirige. Les grandes métaphores et les accents lyriques peuvent m'exciter, mais je ne les juge aucunement comme une bonne maîtrise de l'écriture. C'est tout au plus une complication qui rend moins visibles les fautes.
13 août 2009
Proust de Beckett suite et fin

Je viens tout juste de finir le Proust de Beckett. Je n'ai pas l'érudition de ce dernier, mais il me semble que nous avons des points communs dans notre compréhension de La Recherche du temps perdu.
Bien entendu, je n'aurais jamais su dire cela en mots. Mais les auteurs que lie Beckett à Proust sont ceux-là mêmes qui me sont apparus.
Dostoïevski, d'abord que j'avais beaucoup visité avant La Recherche, Dante et sa Divine comédie que j'ai lu en même temps que La prisonnière, Schopenhauer enfin dont Le monde comme volonté et comme représentation éclaire et est éclairci par la Recherche.
Ne reste que Madame de Sévigné à laquelle je suis allergique et D'Anunzio que je ne connais pas du tout qui semblent très importants pour Beckett, mais qu'il me reste à découvrir ou à vaincre.
En tous les cas, pour tous ceux qui veulent apprécier Proust, je crois qu'il faut partir d'un de ses principes, et ne lire que ce qui impressionne le coeur, ce qui lui donne l'étrange sensation de battre comme la musique, dans un temps sans espace pour devenir par le même coup, la musique même, un sujet pur.
12 août 2009
à l'amour passion
à G. B.
J'ai mal comme à une blessure
collier de bleu
au ciel des nuages murs
que noient mes yeux
Un morceau d'éclaboussure
rie à mes oreilles
au silence des murs
ouvrent le soleil
Tu es là au bord des paupières
secouent mes lèvres
tu es là tout en prière
à attendre la fièvre
Et je monte avec elle
à bord de tes seins
quand le vin et le miel
éclaboussent les reins
J'ai mal à ta blessure
mon amour merveilleux
que le lit fait un mur
au soleil ouvre les yeux
Un morceau de brisure
crie comme la lumière
au soir des vomissures
retiennent les hiers
Tu es là au sang de mes heures
vague doigt et la peur
sue au regain du coeur
sue au ventre demeure.
Vie ordinaire
Je juge mal peut-être ces autres que la vie déroule. Il me semble que la vie ne peut pas être cette suite de jours, cette suite d'heures qui mènent du travail au lit et du lit au travail. C'est peut-être cynique, mais soit la lucidité, soit l'envie ou l'amertume me font dire que tout cela est pure perte. Autant se tirer une balle dans la tête, ce sera une économie pour tout le monde.
Que la vie humaine est donc dérisoire. Si j'étais autre, je ne la vivrais pas. Le coeur est à peine plein qu'il se plaint de ne pas l'être assez.
Pourquoi donc ai-je toujours cette sacrée humeur noire avec moi ? J'ai l'impression que la vie ne coule pas assez vite. Je voudrais être vieux ou mort déjà, cela me permettrait de mieux réfléchir ce que je ne fais que sentir. Mais sentir, c'est si bon...
C'est le courant souvent qui symbolise la perte
il est celui qui part et jamais ne revient
qu'on l'appelle, que de la fin on l'alerte
Il continue irrésolument son chemin
vers ce monde qu'il espère, qui le porte
vers celle qui naquit, est morte
Une main à la cuisse et les lèvres qui s'accolent
ce n'est pas assez, cela tombe comme le cheveux
en prévision de la vieillesse, suivre le protocole :
Baiser, bosser, dépenser, de sa nullité faire l'aveu
Au regard des autres, à celui de son miroir le matin
répondre que tout va bien, un sourire suffit parfois
mais à la main qui tremble, à l'oeil incertain
il y faut peut-être ce qui ne peut être que la foi.
(La foi en l'âme humaine, s'entend)
A quoi cela sert-il d'être bien ? Il vient un moment où toutes les priorités changent. On veut la gloire, l'ai-je jamais voulu ? On veut que le temps passe en heureuse compagnie. Qu'une fille nous tienne la main, qu'un ami, qu'une amie nous invite à ce doux bavardage qui emplit les heures d'une heureuse désunion d'avec le monde sec et froid.
Le sensualisme n'est pas mon désir, peut-être le deviendra-t-il selon les prévisions du MBTI.
Aujourd'hui le coeur est loin de toutes ces préoccupations. Je veux juste construire un havre de paix spirituelle, une union simple et ordinaire de deux âmes qui ont réussi à se trouver.
Dis-moi l'amie
le coeur est-il aussi vain que la vie ?
Tous parlent de galettes et de biftons
n'est-ce pas risible
quand on voit les immeubles
s'écrouler sous le plastique
en Russie
et la vie s'ouvrir
se vider de son sang
au Timor
Je ne sais trop quoi penser de l'humanité
j'en fais partie après tout
Cherché-je, chercherai-je les mêmes plaisirs
l'individu a-t-il quelque chose à voir
quelque chose à compter
en l'humanité
Tout cela me semble si dérisoire
et pourtant
peut-être cherché-je
peut-être chercherai-je
la même chose
Casserai-je un jour
une tasse de thé
devant une femme
aussi belle que Gilberte
pour une question banale
choquante à l'absolu ?
11 août 2009
Que faire de ce qu'on a fait de nous ?
Un rien terrasse le temps, mais rien ne terrasse la vie, la vraie, celle qu'on partage âme à âme.
J'ai cru que la mort était la pire des choses qui soit : aujourd'hui je n'ai aucune opinion à ce sujet, je ne la connais pas.
Je sais juste un bout de vie, la mienne et tout ce qu'on lui demande d'être, tout ce qu'on me demande d'être. Sartre a raison contre Cézaire et peut-être Senghor : la négritude, la judaïté, la vie entière est un morceau de glaise qu'on a façonné et qu'on nous a refilé, presque sec, à peine maléable.
Qu'avait-il déjà dit à propos de Jean Genet, le poète voleur ? Sommes-nous libre de défaire ce qu'on a fait de nous ?
Oui, sans-doute, mais pourquoi ? Faut-il être contre les autres pour être soi ? Est-ce cela, être libre : comprendre que ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous, c'est cela être, c'est là qu'on peut être ? Dans cet interval, dans ce segment limité aux deux bouts par les autres, on peut être soi et construire, à force de vouloir, une troisième dimension qui n'a de limite que l'infini.
La marge est limitée par l'ambition des autres pour nous. Je ne souhaite pas vivre éternellement. Je ne souhaite pas ne pas finir SDF. Je ne souhaite pas ne pas souffrir. Je sais bien des choses de ce que je ne souhaite pas, sauf pour l'éternité : comme pour la mort, je n'ai pas d'opinion à ce sujet.
J'ai connu le manque, j'ai connu la faim, les désirs les plus humbles inassouvis, mais ça ne m'a pas abattu. Alors pourquoi se battre ? Pourquoi vouloir à tout prix atteindre ce degré de confort qui fait qu'on ne ressent rien. La quiétude n'est pas mon fort. La tranquilité est un havre simple, entre le bruit des vents et le rire des enfants, ce n'est pas la quiétude, la vie qui assume de ne pas être la perfection.
Le Sur-Moi balance. Il me dit que je ments, que je souhaite la quiétude, mais qu'est-ce que le Sur-Moi a de moi ? Il n'est pas moi. C'est un fantasme, un imago, ce qu'on voudra, ce n'est pas moi. Est-ce moi qui viole ma soeur, qui tue mon père ? Le fantasme est là pour nous dire tout le possible, tout l'imaginaire, pas le plus probable et encore moins le certain.
Le coeur s'en va, vascillant sur des chemins de traverses comme les appelle Cabrel. Des chemins qui ne se demandent plus (se l'ont-ils jamais demandé ?) le lieu où ils vont. Le coeur se perd, simplement. Je me demande parfois, si peu, où la perdition mène. Mais il n'y a pas de réponses à une telle question. C'est trop oiseux, trop loin des préoccupations du présent.
C'est une espèce de rêve, un fantasme là encore qui affleure à peine du monde de l'imaginaire.
On peut se noyer aussi bien dans l'eau que dans l'air.
07 août 2009
Proust de Beckett
Je lis Proust de Samuel Beckett, et j'essaie de prendre des notes de ce que je comprends. Car l'écriture de Beckett, dès le départ, me semble une énigme à résoudre.
Pour le moment, voici une citation tellement proustienne qu'il ne faut pas la râter.
"Même dans le cas où, par un de ces rares miracles de la coïncidence qui survient lorsque le calendrier des faits se déroule parallèlement au calendrier des sentiments, l'accomplissement a lieu et où l'objet du désir (au sens strict de cette maladie) est atteint par le sujet, alors la conformité est si parfaite, l'instant de l'accomplissement annule et remplace si exactement l'instant du désir, que l'évèvenement accompli semble avoir été inévitable, et, comme tout effort intellectuel conscient visant alors à reconstituer la réalité de l'invisible et de l'impensable demeure vain, nous ne pouvons savourer notre joie puisque nous ne pouvons la comparer à notre chagrin." pp. 24-25
N'est-ce pas fantastique ?
Voilà une pensée à laquelle j'adhère :
"Quelle que soit l'idée que chacun aime à se faire de la mort, une chose est sûre : cette opinion n'a aucune valeur, aucun sens ; la mort ne nous a pas fixé un rendez-vous un jour précis."p. 27
06 août 2009
Le cerveau matérialiste
Juste une mise au point avec les psychophysio-pharmacologistes méprisants.
Comment peut-on penser que du fait qu'un psychotrope agit sur l'orientation d'un acte mental, l'acte mental est d'origine biologique ou est compris comme un acte purement biologique.
L'acte mental se sert du biologique pour s'exprimer, le biologique est le média.
Il est certain qu'un ciseau ébréché travaillera mal le bois. Affutons-le, et il travaillera comme avant. Mais ce n'est pas l'affutage qui le fait travailler, et dans de mauvaises mains, il pourra travailler aussi mal qu'avant.
"Avoir un effet sur" ne signifie pas "être à l'origine de".

