Pensées en bric à vrac

Des pensées écloses au sein de la nuit. Quelques poèmes épars. Un soupçon de philosophie et de littérature pour éclairer l'âme. Juste un terrien qui se donne à voir et à penser.

03 octobre 2009

Sartre

Je viens de finir L'age de raison, 1er tome des Chemins de la liberté de Sartre.
C'est étrange comme ce genre de roman métaphysique me capture l'esprit. Je crois que je ne me suis jamais remis de La nausée.
Sartre est un des rares philosophes dont je peux lire  les livres d'un trait avec une gloutonerie féroce. J'ai l'impression d'être emporté par sa dialectique incisive. Un peu comme si, à la semblance de ce pauvre Mathieu, je me flagelais artificiellement en me traitant de salaud sans y croire vraiment.
Oui, dans le fond, je me sens bien dans la philosophie de Sartre. Sa lucidité m'élève comme une prière peut élever un croyant. Et pourtant je préfère mille fois Camus à lui pour ce qui est du sens de l'histoire. C'est facile de dire ça maintenant que tant d'intellectuels ont vu le potentiel de Camus face au grand Sartre.
En fait, Sartre m'enthousiasme, plus brutalement que Nietzsche, il me mène sur un chemin dont j'ai l'impression qu'il va bien avec l'allure de mon corps. Il n'y a pas à le nier, j'aime Sartre comme Hölderlin a pu aimer Empédocle ou Homère pour sa création : Achille. Et l'image d'Empédocle, c'est un esprit qui ne se suffit pas d'être esprit pour un temps limité. Il veut se justifier, se nécessiter pour devenir éternel. Quitte, pour cela, à se jeter dans la mort grande ouverte d'un volcan ou dans une liberté forcenée.
A l'image d'Homère également, c'est un créateur de vie juvénile, adolescente, pure et belle parce que lui-même ne fut rien de cela (physiquement du moins).
Et toujours cette vision achilique de l'amour à trois (l'inconnu, l'intrus). Deux hommes pour une femme ou deux femmes pour un homme. Le plus souvent l'inversion : Daniel dans L'age de raison, Inès dans Huis-clos, Patrocle pour Achille, donne un sens vrai à l'amour en l'obligeant à souffrir pour mieux se sentir. Parce que l'amour tranquille est rarement ressenti comme un réel amour, tout juste un frisson, une certaine manière qu'ont les choses d'exister qui les font lourdes ou légères, dures ou molles, juste une présence en fin de compte.
Mais l'amour à trois est un leurre dans la réalité ordinaire, l'amour est à deux ou il n'est pas. Vous allez me dire que je fais mon moralisateur, et pourtant je suis loin, très loin de toute morale. Le tiers, l'inconnu n'est souvent qu'un prétexte pour masquer ses propres craintes. L'amour n'a pas vraiment le choix, il se pose là où le désir est le plus fort : ici la liberté Sartrienne n'a pas son mot à dire et ça l'a bouffé, j'en suis sûr, ce pauvre vieux Jean-Paul. Mais le tiers est bien là, malgré tout, comme une excuse à notre défaut de courage, à notre peur de nous engager dans l'amour vrai : difficile, douloureux et pas seulement reposant et joyeux.

Posté par danahm à 05:21 - Impressions - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le tiers comme rempart

La troisième personne...
On l'invente parfois comme un obstacle à l'aventure. Le héros a besoin d'adjuvant et bien plus d'opposant. S'il n'y a pas d'opposant, il n'y a pas de héros.
Eh, j'ai fait des études littéraires aussi, alors je sais ça.
Le tiers est un paravent effrayant qui masque notre propre frayeur. Je ne sais pas à qui tu pensais en écrivant cela, mais tu as raison, cela arrive parfois ;-)
Bises

Posté par Géraldine, 04 octobre 2009 à 01:14

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