18 octobre 2009
De l'amour 1ère partie
« Vienne la nuit
sonne l'heure
« Les jours s'en vont je demeure »
Appolinaire
« Avec le temps » chantait Léo Ferré, « tout s'en va ». J'aime Ferré, mais je ne suis pas anarchiste, la révolution, tout le temps, ça me saoule. On ne peut tout remettre en question tout le temps sans y laisser une grande part de son âme. Je suis un arbre, seule ma peau est vivante, mais ce qui la tient, cette peau, la mort en dessous, à l'intérieur est ce qui me fait tenir debout.
De l'amour... Vaste sujet, je sais. Mais bon, Pascal Bruckner nous ayant pondu un nouvel essai qui, sans doute, ne nous apprendra rien de nouveau. Je me permets d'y aller de ma plume, juste pour dire que l'amour est trop personnel pour être un sujet de savoir. Soit on sait tout, et on peut philosopher sur l'amour, soit on est comme tout le monde et on parle juste de la sa vision de l'amour. On peut me sortir des études psychologiques basées sur des statistiques, elles-mêmes basées sur des tests, ces derniers basés sur un protocole toujours arbitraire même s'il est ou plutôt pour cette raison même qu'il est rationnellement construit, je crois que l'amour ne s'observe pas, il se vit, et se vivant, s'il est véritable et pas seulement un moyen de ne pas être seul, un moyen de réconforter nos âmes douloureuses, il est tout, sauf rationnel. C'est un cliché, je sais. Mais certains clichés ne sont que le signe du bon sens qui ne cherche pas l'originalité du concept, mais juste la vérité, aussi simple nous apparaît-elle. Vous vous souvenez, le simple et le complexe ? Lequel choisir, lequel s'impose ?
Mes amours défuntes, je vous ai haïes, autant que je vous ai aimées. Mais si l'amour est joie, dans le fond, la haine n'est rien d'autre qu'une douleur. Si l'amour est plénitude, la haine est frustration. Dans l'amour, je vous prends toute entière, dans la haine, je me détruis tout seul (et vous détruit aussi si l'amour n'a pas été véritable).
On ne peut cataloguer, on ne peut moraliser l'amour, il est à l'image du moi, peau vivante, changeante, mortelle. On a la prudence de le renier quand il a été trop fort, quand il pèse trop sur l'après, mais ce n'est qu'un maquillage, un masque, un refoulement. Il fait partie du vivant, même mort.
Une amie m'a parlé un jour de probabilités. Quand on a beaucoup souffert, plus que la majorité des gens, quand on a tenté et retenté sa chance un nombre incalculable de fois, est-il juste que la probabilité de réussite soit toujours la même malgré ça. On gagne de l'expérience avec les épreuves, mais l'amour est-il une question d'épreuves ?
Bien sûr, on séduit mieux, on cerne mieux les désirs de l'autre. Mais tout cela est de l'ordre de la séduction, de la captation du regard de l'autre, de la chasse, la captivité, le dressage et l'apprivoisement. L'amour qui dure est empli de compromis, mais il n'a rien à voir avec ça. Et s'il n'est que ça, traitez-moi de fou, traitez-moi de con, traitez-moi de déviant, traitez-moi de rêveur, ce que vous voudrez, je ne veux pas être amoureux, et je ne veux pas qu'on soit amoureux de moi.
On me dit parfois, l'amour n'est qu'un prétexte, c'est l'animal qui crie en nous pour la survie de l'espèce. L'espèce humaine est-elle en danger de disparaître ? Laissez-moi rire ! L'espèce humaine n'a pas besoin de moi pour se multiplier. Et ne me sortez pas le proverbe qui dit : si tout le monde faisait comme vous... De cela, j'en suis sûr et certain, copuler, procréer, cela va de soi. Je ne dis pas que c'est facile, je ne dis pas que c'est inutile, je ne dis pas... En fait, je ne dis rien, chacun son opinion. L'important à savoir c'est que si ça fait partie de l'amour, ça n'en est qu'une suite, pas un début. Si on aime l'autre pour les enfants qu'il nous donnera, alors on aime les enfants, pas l'autre. Bizarre tout de même cette vision. Comment peut-on aimer des êtres qui ne sont pas encore là ? On aime sans doute l'idée, et quand elle se matérialise, soit on s'y accroche parce qu'on en est responsable, ou plus heureux, parce qu'on aime vraiment ce qu'on avait juste l'intention d'aimer mais pas la certitude.
L'amour ne vient pas toujours tout seul, il peut se construire petit à petit, à force de vouloir, à force d'envie. Je ne suis pas un maniaque du coup de foudre : mise à part pour une, je n'en ai jamais ressenti. L'amour, le plus souvent, est affaire de temps. On aime, on le déclare, on attend la réponse : oui, plus fréquent qu'on croit. On aime, on le déclare, on attend la réponse : non, on persiste, on se démasque, on fait voir le bon en nous (la majorité d'entre nous le sont : une foi, pas une certitude), et si l'autre recherche l'amour sincère et pas une progéniture idéale ou une sécurité matérielle que l'un ou l'autre peut se faire tout seul de notre temps, alors cela marche dans une majorité de cas. Reste la minorité ! Qui s'accroit de nos jours... à cause de trop d'exigence ? De trop de peur ?
Non, exiger le prince charmant fort et courageux ou la bergère innocente et douce, cela date de la préhistoire et cela reste d'actualité, inutile de le renier on en parle trop pour que cela n'existe pas. Les caractères de La Bruyère ou Les maximes de La Rochefoucauld ont déjà du le dire : ce que nous haïssons le plus chez l'autre, ce que nous rejetons le plus, est souvent ce que nous sommes ou croyons être. Non, tout cela n'est pas nouveau, cela fait partie des amours qui se passent en général très bien ou très mal, mais qui se passent tout de même. L'amour était là, il s'est trompé ou il a réussi à trouver le bon compromis, il s'efface donc pour un nouveau ou il est là, toujours vivant.
Ce qui change ou devient visible, ce serait plutôt le regard que cette minorité solitaire a de l'amour. Qu'est-ce qu'un personne qui a trouvé l'amour ? Une personne qui vit en couple, tout simplement. Le couple peut être instable, il peut être douloureux, il n'empêche qu'il tient et s'il tient c'est que l'amour est derrière, un ciment indispensable. Cela, c'est l'ancienne vision, celle qui cache la nécessité de l'autre, le dégoût de la solitude, la peur de mourir seul, la peur aussi d'aimer cette solitude connotée d'immorale, de déviante par toutes les sociétés. Une ancienne vision qui persiste aussi et qui fait la majorité.
Alors quoi ? Qui y a-t-il de nouveau, qu'est-ce qui fait la spécificité de cette minorité ?
Avant tout elle est amorale. Elle ne cherche pas à se caser à tout prix pour ne pas être mal vue. Et puis la société elle-même ne la force pas tant que ça à se caser, ne facilite pas sa mise en couple. Il n'y a plus de rites initiatiques, il n'y a plus cette main-mise des autres sur nous, sur notre destin, qui guide nos choix (antinomique, le choix est indépendant ou n'existe pas), qui fait que nous n'avons rien à faire pour être à deux, nous serons à deux forcément, c'est le processus logique. Qu'on le veuille ou non, la majorité des couples, consciemment ou non a suivi ce rite initiatique et souvent s'en porte bien.
La nouveauté alors, vous ne saisissez pas ? Le choix ! Nous choisissons d'être amoureux ou pas. Nous croyons à ce choix. Quand je dis nous, je parle de la minorité. En vérité, nous ne posons pas le problème ainsi. Il est moins question de choix que de non obligation de choix. Nous ne sommes pas obligé d'aimer un autre. De cela, nous sommes certains. Du coup, tout est possible, les probabilités sont multiples et donc incertaines.
Sociologiquement parlant, les femmes sont sans doute plus influencées par cette nouvelle donne. Elles cherchent le beau mâle comme les hommes cherchaient la belle femelle. Des ogres qui épousaient des princesses, c'était monnaie courante, ça l'est encore pour la majorité, mais puisque nous avons le choix... Cependant la sociologie se base aussi sur la statistique et la statistique donne souvent raison au plus grand nombre. Posons la question encore et toujours, c'est une question de survie : le plus grand nombre a-t-il toujours raison ?
Parmi la minorité dont je parle, bien des femmes ont aimé et aimeront encore des ogres (sous l'aspect physique et moral). Cela ne signifie pas que le physique ne joue pas. Pour ce qui est du moral, c'est tellement facile à feindre qu'un pervers absolu peut se faire prendre pour le prince charmant sans difficulté. Il suffit de prendre connaissance des nombreuses femmes qui écrivent à ce sujet : Véronique Moraldi, par exemple. Jetez un œil à Gardez-vous d'aimer un pervers, ça n'apprend rien, mais ça confirme beaucoup de choses.
Donc le physique et le moral joue beaucoup, mais ce n'est pas cela qui freine la mise en couple, le sentiment amoureux. Qu'est-ce qui est commun à tous les amours, qu'ils soient basés sur un choix physique ou moral ? Le sexe ! On a beau poétiser, rêver, l'amour humain sans sexe n'est pas un amour complet. C'est un amour tronqué, déçu qui finit par mourir tout seul. Nous sommes des animaux, ne l'oublions jamais ! Nous avons des besoins et il est naturel de les satisfaire. Si nous sommes capable de faire l'amour et que nous avons quelqu'un qui veuille le faire avec nous, alors si nous ne le faisons pas c'est que l'amour n'est pas là. On peut baiser sans aimer, mais on ne peut aimer sans baiser (sauf incapacité physique ou psychique). C'est la majorité qui parle ici, mais bon, ça fait du bien, alors si on aime pourquoi ne pas se faire du bien ?
Commentaires
C'est compiqué l'amour. Mais parfois un regard partagé sur un paysage, une main dans la main pour une promenade, un baiser échangé comme ça pour rien, si pour le plaisir partagé.
Un enlacement, une tendresse, des caresses échangées. Se regarder vieillir, dire: cette ride te rend belle, s'aimer comme on est.
Je suis content de ma visite sur votre site...
Pierre
Merci
Que dire à cela sinon merci.
L'amour que vous me racontez est l'idéal. Il existe, il est partout autour de nous, mais ça n'en est pas moins l'idéal.
L'herbe qui pousse sous ma fenêtre, l'arbre dans la cour, c'est l'idéal aussi.
Je ne suis pas Platon, je ne cherche le vrai et le beau qu'ici-bas, parce que je suis d'ici-bas.
Merci Pierre.
ce que vous dites sur l'amour et la haine est très juste...
le reste aussi d'ailleurs...
ce que je ne supporte pas dans nos sociétés est cette obligation d'aimer. aime ton prochain. seul l'amour peut nous sauver, on ne peut pas vivre sans amour, ...ect etc... lorqu'on brandit cette injonction devant moi, j'ai envie de me sauver... surtout qu'elle est souvent accompagnée de modèles (télé, films, etc)... on nous impose des visions de l'amour et ça, ça m'est pénible.
Aimer n'est pas un devoir
Oui, tu as tout à fait raison. C'est pénible de s'entendre dire même par nos plus proches amis, "il faut" aimer, c'est la condition du bonheur.
Aimer ou ne pas aimer n'est pas une question de devoir ou de morale, on aime ou on n'aime pas. Que ce soit heureux ou malheureux ne change rien à la chose, on ne peut forcer l'amour.
J'ai aimé, j'aime et j'aimerai sans doute encore, mais c'est une question d'envie, de désir, de volonté pure, pas d'une injonction, pas d'un conditio sine qua non à je ne sais quel "bonheur" ou quelle "normalité" que personne ne saurait décrire.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=445290&pid=15483457
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :
