18 octobre 2009
De l'amour 1ère partie
« Vienne la nuit
sonne l'heure
« Les jours s'en vont je demeure »
Appolinaire
« Avec le temps » chantait Léo Ferré, « tout s'en va ». J'aime Ferré, mais je ne suis pas anarchiste, la révolution, tout le temps, ça me saoule. On ne peut tout remettre en question tout le temps sans y laisser une grande part de son âme. Je suis un arbre, seule ma peau est vivante, mais ce qui la tient, cette peau, la mort en dessous, à l'intérieur est ce qui me fait tenir debout.
De l'amour... Vaste sujet, je sais. Mais bon, Pascal Bruckner nous ayant pondu un nouvel essai qui, sans doute, ne nous apprendra rien de nouveau. Je me permets d'y aller de ma plume, juste pour dire que l'amour est trop personnel pour être un sujet de savoir. Soit on sait tout, et on peut philosopher sur l'amour, soit on est comme tout le monde et on parle juste de la sa vision de l'amour. On peut me sortir des études psychologiques basées sur des statistiques, elles-mêmes basées sur des tests, ces derniers basés sur un protocole toujours arbitraire même s'il est ou plutôt pour cette raison même qu'il est rationnellement construit, je crois que l'amour ne s'observe pas, il se vit, et se vivant, s'il est véritable et pas seulement un moyen de ne pas être seul, un moyen de réconforter nos âmes douloureuses, il est tout, sauf rationnel. C'est un cliché, je sais. Mais certains clichés ne sont que le signe du bon sens qui ne cherche pas l'originalité du concept, mais juste la vérité, aussi simple nous apparaît-elle. Vous vous souvenez, le simple et le complexe ? Lequel choisir, lequel s'impose ?
Mes amours défuntes, je vous ai haïes, autant que je vous ai aimées. Mais si l'amour est joie, dans le fond, la haine n'est rien d'autre qu'une douleur. Si l'amour est plénitude, la haine est frustration. Dans l'amour, je vous prends toute entière, dans la haine, je me détruis tout seul (et vous détruit aussi si l'amour n'a pas été véritable).
On ne peut cataloguer, on ne peut moraliser l'amour, il est à l'image du moi, peau vivante, changeante, mortelle. On a la prudence de le renier quand il a été trop fort, quand il pèse trop sur l'après, mais ce n'est qu'un maquillage, un masque, un refoulement. Il fait partie du vivant, même mort.
Une amie m'a parlé un jour de probabilités. Quand on a beaucoup souffert, plus que la majorité des gens, quand on a tenté et retenté sa chance un nombre incalculable de fois, est-il juste que la probabilité de réussite soit toujours la même malgré ça. On gagne de l'expérience avec les épreuves, mais l'amour est-il une question d'épreuves ?
Bien sûr, on séduit mieux, on cerne mieux les désirs de l'autre. Mais tout cela est de l'ordre de la séduction, de la captation du regard de l'autre, de la chasse, la captivité, le dressage et l'apprivoisement. L'amour qui dure est empli de compromis, mais il n'a rien à voir avec ça. Et s'il n'est que ça, traitez-moi de fou, traitez-moi de con, traitez-moi de déviant, traitez-moi de rêveur, ce que vous voudrez, je ne veux pas être amoureux, et je ne veux pas qu'on soit amoureux de moi.
On me dit parfois, l'amour n'est qu'un prétexte, c'est l'animal qui crie en nous pour la survie de l'espèce. L'espèce humaine est-elle en danger de disparaître ? Laissez-moi rire ! L'espèce humaine n'a pas besoin de moi pour se multiplier. Et ne me sortez pas le proverbe qui dit : si tout le monde faisait comme vous... De cela, j'en suis sûr et certain, copuler, procréer, cela va de soi. Je ne dis pas que c'est facile, je ne dis pas que c'est inutile, je ne dis pas... En fait, je ne dis rien, chacun son opinion. L'important à savoir c'est que si ça fait partie de l'amour, ça n'en est qu'une suite, pas un début. Si on aime l'autre pour les enfants qu'il nous donnera, alors on aime les enfants, pas l'autre. Bizarre tout de même cette vision. Comment peut-on aimer des êtres qui ne sont pas encore là ? On aime sans doute l'idée, et quand elle se matérialise, soit on s'y accroche parce qu'on en est responsable, ou plus heureux, parce qu'on aime vraiment ce qu'on avait juste l'intention d'aimer mais pas la certitude.
L'amour ne vient pas toujours tout seul, il peut se construire petit à petit, à force de vouloir, à force d'envie. Je ne suis pas un maniaque du coup de foudre : mise à part pour une, je n'en ai jamais ressenti. L'amour, le plus souvent, est affaire de temps. On aime, on le déclare, on attend la réponse : oui, plus fréquent qu'on croit. On aime, on le déclare, on attend la réponse : non, on persiste, on se démasque, on fait voir le bon en nous (la majorité d'entre nous le sont : une foi, pas une certitude), et si l'autre recherche l'amour sincère et pas une progéniture idéale ou une sécurité matérielle que l'un ou l'autre peut se faire tout seul de notre temps, alors cela marche dans une majorité de cas. Reste la minorité ! Qui s'accroit de nos jours... à cause de trop d'exigence ? De trop de peur ?
Non, exiger le prince charmant fort et courageux ou la bergère innocente et douce, cela date de la préhistoire et cela reste d'actualité, inutile de le renier on en parle trop pour que cela n'existe pas. Les caractères de La Bruyère ou Les maximes de La Rochefoucauld ont déjà du le dire : ce que nous haïssons le plus chez l'autre, ce que nous rejetons le plus, est souvent ce que nous sommes ou croyons être. Non, tout cela n'est pas nouveau, cela fait partie des amours qui se passent en général très bien ou très mal, mais qui se passent tout de même. L'amour était là, il s'est trompé ou il a réussi à trouver le bon compromis, il s'efface donc pour un nouveau ou il est là, toujours vivant.
Ce qui change ou devient visible, ce serait plutôt le regard que cette minorité solitaire a de l'amour. Qu'est-ce qu'un personne qui a trouvé l'amour ? Une personne qui vit en couple, tout simplement. Le couple peut être instable, il peut être douloureux, il n'empêche qu'il tient et s'il tient c'est que l'amour est derrière, un ciment indispensable. Cela, c'est l'ancienne vision, celle qui cache la nécessité de l'autre, le dégoût de la solitude, la peur de mourir seul, la peur aussi d'aimer cette solitude connotée d'immorale, de déviante par toutes les sociétés. Une ancienne vision qui persiste aussi et qui fait la majorité.
Alors quoi ? Qui y a-t-il de nouveau, qu'est-ce qui fait la spécificité de cette minorité ?
Avant tout elle est amorale. Elle ne cherche pas à se caser à tout prix pour ne pas être mal vue. Et puis la société elle-même ne la force pas tant que ça à se caser, ne facilite pas sa mise en couple. Il n'y a plus de rites initiatiques, il n'y a plus cette main-mise des autres sur nous, sur notre destin, qui guide nos choix (antinomique, le choix est indépendant ou n'existe pas), qui fait que nous n'avons rien à faire pour être à deux, nous serons à deux forcément, c'est le processus logique. Qu'on le veuille ou non, la majorité des couples, consciemment ou non a suivi ce rite initiatique et souvent s'en porte bien.
La nouveauté alors, vous ne saisissez pas ? Le choix ! Nous choisissons d'être amoureux ou pas. Nous croyons à ce choix. Quand je dis nous, je parle de la minorité. En vérité, nous ne posons pas le problème ainsi. Il est moins question de choix que de non obligation de choix. Nous ne sommes pas obligé d'aimer un autre. De cela, nous sommes certains. Du coup, tout est possible, les probabilités sont multiples et donc incertaines.
Sociologiquement parlant, les femmes sont sans doute plus influencées par cette nouvelle donne. Elles cherchent le beau mâle comme les hommes cherchaient la belle femelle. Des ogres qui épousaient des princesses, c'était monnaie courante, ça l'est encore pour la majorité, mais puisque nous avons le choix... Cependant la sociologie se base aussi sur la statistique et la statistique donne souvent raison au plus grand nombre. Posons la question encore et toujours, c'est une question de survie : le plus grand nombre a-t-il toujours raison ?
Parmi la minorité dont je parle, bien des femmes ont aimé et aimeront encore des ogres (sous l'aspect physique et moral). Cela ne signifie pas que le physique ne joue pas. Pour ce qui est du moral, c'est tellement facile à feindre qu'un pervers absolu peut se faire prendre pour le prince charmant sans difficulté. Il suffit de prendre connaissance des nombreuses femmes qui écrivent à ce sujet : Véronique Moraldi, par exemple. Jetez un œil à Gardez-vous d'aimer un pervers, ça n'apprend rien, mais ça confirme beaucoup de choses.
Donc le physique et le moral joue beaucoup, mais ce n'est pas cela qui freine la mise en couple, le sentiment amoureux. Qu'est-ce qui est commun à tous les amours, qu'ils soient basés sur un choix physique ou moral ? Le sexe ! On a beau poétiser, rêver, l'amour humain sans sexe n'est pas un amour complet. C'est un amour tronqué, déçu qui finit par mourir tout seul. Nous sommes des animaux, ne l'oublions jamais ! Nous avons des besoins et il est naturel de les satisfaire. Si nous sommes capable de faire l'amour et que nous avons quelqu'un qui veuille le faire avec nous, alors si nous ne le faisons pas c'est que l'amour n'est pas là. On peut baiser sans aimer, mais on ne peut aimer sans baiser (sauf incapacité physique ou psychique). C'est la majorité qui parle ici, mais bon, ça fait du bien, alors si on aime pourquoi ne pas se faire du bien ?
16 octobre 2009
Quand tu danses (quand tu dors)...
J'aime bien Goldman, tu le sais, mais la chanson que tu m'as envoyé ne correspond pas tout à fait à ce que je pense. Alors j'y réponds, à ma façon. Tu sais tout ça, nous nous comprenons, mais, bon, pas pu m'en empêcher.
J'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus
Ce que nous avons été, pas de pari sur l'avenir
Quand tu danses, quand tu danses
Mais que deviennent les amoureux perdus
L'amour est perdu, pas les amoureux
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, mais autrement
Amis non, ni amants, étrangers non plus
L'amitié est nécessaire à l'amour, mais elle ne disparaît pas forcément avec lui
Quand tu danses, quand tu danses
Mais quel après, après s'être appartenus ?
Nous sommes-nous jamais appartenus ? Tout ce que nous nous sommes donnés reste en chacun de nous. "Donner, c'est donner, reprendre, c'est voler..."
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, j'y songerai tant que je t'aimerai, autrement
Je crois bien que j'aurai besoin de te voir
Moi aussi, mon ami, je t'aime donc j'ai besoin de toi, ne l'oublis pas
Quand tu danses, quand tu danses
Sans te parler, ni déranger mais te voir
Pas besoin de parler, plus besoin de parler. J'en ai besoin dans l'amour pas dans l'amitié, pas dans la nôtre en tout cas.
Quand tu danses, y songes-tu ?
Quand tu danses, y songes-tu ?
J'y songe, oui, autrement ce serait totalement fini
Et toutes les peines, toutes, contre une seule de nos minutes
L'amour, aussi pénible soit-il, quand il est vrai dans l'instant, est un don qu'on ne refuse pas.
Mais n'être plus rien après tant, c'est pas juste
L'amour n'est pas juste ou injuste, ni le désamour, comme la vie et la mort
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, je ne peux faire autrement
Et j'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus
Je ne sais pas ce que l'on sera, alors...
Mais que deviennent les amours éperdues
Elles s'accrochent ailleurs, je crois, en tous les cas elles ne meurent pas ou alors c'est malheureux
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, autrement nous n'aurions rien vécu.
13 octobre 2009
Soirée ordinaire
Dix-huit heures, sorti du boulot. Le cœur est dans les chaussures, il faut à l'air vivifiant et au ciel bleu bien des efforts pour le remonter jusqu'au cerveau. Oups !!! j'ai failli le dégueuler...
Un message laconique, mi « apaisant », mi « je ne sais pas » vibre sur mon portable. Le sourire est là, c'est l'important.
Echange sms standard :
« Bonjour, tu va bien ? »
« Oui je vais bien, et toi ? »
« Je vais bien merci. »
Poignée de main au hasard d'un trottoir, dans une rue commerçante, de celles que je déteste. Chapeau levé à la mode ancienne, regard à peine croisé, pudicité courtoise réglementaire. Allez au-delà, rire aux éclats, taper la fesse en guise de plaisanterie : ouh-là ! Fausse manœuvre, retour en arrière, effacer la main malheureuse, effacer l'amicale grivoiserie !
Heureusement, à ma sortie du train, la vraie vie me rattrape. Une beauté noire (pas celle que vous connaissez) accoudée au bar sans livre ni gestes inconscients traduits sans grande imagination par de multiples Goldman cherchant à écrire un « Tout était dit » inédit.
C'est un pub irlandais, en face de la gare, il me rappelle bien des cuites et bien des conversations sans queue ni tête avec des bibliothécaires trop cultivées pour le métier qu'elles font. Cela tombe bien, c'est une de ces bibliothécaires, pas chiante pour un sou, pas imbue d'un savoir que tout le monde peut avoir si on lui en donne l'occasion et si l'envie est de son côté. Dans la culture il n'y a ni supérieur ni inférieur, il y a juste un désir et des obstacles.
Nous bavardons simplement autour d'un « cuba libre » qu'on porte en toast à Hemingway.
Nous nous retrouvons quelques minutes plus tard chez « Gavroche », le restaurant s'appelle comme ça, ce n'est pas une blague. Un pauvre enfant se fait tuer après avoir eu du mal à croquer un quignon de pain, et on s'empiffre à ses dépends deux siècles et demi après. Bon c'est vrai, c'était un personnage de roman, et le sang a bien du sécher depuis...
Une quatre fromages pour elle, une chorizo pour moi et un chianti rouge, toujours trop jeune, entre nous. Je ne sais pas pourquoi, cette tendance à commander du chianti avec une pizza. Voudrait-on être dans le ton ? Nous sommes des beaufs aussi cultivés soit-on.
Mais bon, cela n'empêche pas de goûter un morceau de plaisir.
ça me fait plaisir de te revoir. Tu fais quoi maintenant ?
Je suis comptable, enfin, assistant comptable.
Ça ne te ressemble pas. Et t'aime ça.
Ben, tu sais, un métier est un métier, il ne me ressemble pas, mais je suis pas obligé de lui ressembler.
Richard Enconina dans Levy et Goliath !!!
Chaque fois que je lui sorts une maxime à la mords-moi le noeud, elle me sort un film idem. Pour une des rares fois, j'avais vu la référence. L'innocent Lévy qui travaille à l'usine le jour et étudie la Thora la nuit. Sauf que dans la réalité ça ne se passe pas vraiment comme ça. Après huit heures de boulot, physique ou intellectuel, j'ai pas vraiment la force de passer à autre chose. Je me laisse guider par la fatigue. Comme là, par exemple, dîner avec une personne sincère qui parle simplement avec peu de mots.
Je serai tenté de dire qu'elle me ressemble, mais ce n'est pas vrai. Après trois verres, sa mère débarque, son petit ami, ses ex et moi qu'elle ne sait situer.
J'écoute, je comprends, je comprends parfois quand j'aime les gens (ça ne m'arrive pas souvent). J'ai deux verres d'avance et cependant je ne donne pas autant. C'est bizarre. Je reçois énormément de mots, et, j'ai beau faire, je ne sais jamais en donner autant. Raconter ma vie avec mes lèvres est impossible. Et ce n'est pas en l'écrivant que j'en dévoile quoi que ce soit. L'écriture est facile, elle coule d'elle-même, mais elle est toujours dans une langue que ne je ne capte pas moi-même.
La soirée finie, rapide soirée en fin de compte, elle me dépose chez-moi.
On se refait ça quand tu veux !
Oui, ça sera avec plaisir.
Tu passes demain au pub ?
Oui, cinq minutes, pas plus, j'ai ma compta à réviser.
Pff, t'es pas jouasse !
Désolé.
Y a Florence qui passe, elle a eu une fille, tu le sais ?
Non... On s'est pas revu depuis la fac.
Ben ce sera l'occasion de prendre des nouvelles.
Ouais, t'as raison, bonne nuit.
Bonne nuit, à demain, hein ?
Oui, oui, à demain.
Elle m'embrasse...
Sensation bizarre : ce n'est jamais moi qui embrasse. Mais le cœur y est. Je rend la pression du corps, chaud contre chaud, cœur contre cœur, et puis nous partons, chacun de notre côté, chacun à sa nuit, chacun à ses rêves...
Demain... Je n'y pense même pas, on verra !
12 octobre 2009
Merci ami
Doucement, langoureusement, tes mots chuchotent à l'oreille de simples fragments
cassée la vitre que la fumée inonde
cassé le mur que les bras encombrent
Doucement, simplement
nos pas se rejoignent et puis se retirent
comme un acteur après l'acte
la scène suivante est à venir
Deux yeux grands ouverts
deux lèvres toujours fermés
le corps en fièvre
et le cœur apaisé
« Je ne t'aime plus mon amour
je ne t'aime plus tous les jours »
Dans les bras d'un autre
je sens ton parfum
froide reconnaissance
hier et demain
Deux yeux grands ouverts
la paresse du geste
toujours incertain
je t'aime mon amour
mais je ne t'appartiens pas
Des souvenirs chassent comme des lions
la gazelle n'est pas innocente
mais elle se donne toujours
en tremblant
Demain mon amour
l'œil ouvert cueillera le soleil.
11 octobre 2009
Arménie-Turquie : la paix ?
"Sous la pression de la communauté internationale" écrit LeMonde.fr, la Turquie et l'Arménie ouvrent les frontières closes depuis 1993. Accord à l'amiable comme on dit, mais au profit de qui ?
"Accords historiques", mon cul. Traité de paix : on se fout de qui ?
L'économie brade le marché de blessures anciennes que personne, du côté turc ou arménien, ne veut refermer. Je ne connais pas les tenants et les aboutissants de cette histoire vieille comme le péché originel. On a forcé les allemands , tous, sans distinction, à plaider coupable encore et encore jusqu'à la fin des temps. Ils l'ont fait et le font encore pour des raisons hautement méritoires et hautement basses à la fois : que la paix règne et que le profit se fasse.
La turquie et l'arménie semblent moins enclin à acquiesser. Pourquoi ? Qu'est-ce qui pousse le turc lambda dans le déni systématique d'une décision honteuse (la suppression d'un peuple) dont il n'est en rien responsable ?
La turquie est cloisonnée, mise à part, entre deux mondes qui se rejettent malgré les beaux discours de réconciliation. Le monde musulman et le monde chrétien. La turquie est musulmanne, l'europe est chrétienne. Cherchez l'erreur, elle est facile à dénicher.
Le turc lambda veut bien reconnaître le génocide perpétré par ses pères, mais cela pèse sur lui comme une condamnation quand cela devrait être une délivrance. L'arménien lambda n'a que faire de cette condamnation, mais on lui fait croire que la résilience est à ce prix. Quand le coupable avoue la faute, la victime peut reprendre le chemin de la vie, mais qui est le coupable ? Qui doit avouer le péché ? La nation turque ? Ce serait un fardeau si facile à porter si la turquie était du même bord spirituel que l'arménie. On s'entend plus facilement entre frères et soeurs.
Mais voilà, la Turquie ne fait pas partie de la famille. Alors le turc lambda protège ses pères et l'arménien moyen fait de même.
La solution ? Elle est simple dans le fonds, mais si difficile à entrer dans les coeurs qui pensent que puisque nous n'avons pas la même foi, puisque nous n'avons pas la même culture, alors nous sommes différents, pas en surface, mais fondamentalement.
On croit trop souvent que c'est le cortex qui nous différencie, qui cherche la différence, alors qu'en réalité, c'est le cerveau reptilien. Le clan, la tribu, la race : ne me dites pas que c'est le cortex qui est à l'origine de ça. L'animal a besoin de la différence pour survivre, pas l'humain.
Que la Turquie entre dans l'Europe, qu'elle devienne européenne, que l'Europe ne soit pas chrétienne, mais républicaine au sens propre du mot, et beaucoup de peurs s'éteindront, beaucoup de différences disparaîtront. Arménie et Turquie, un même peuple, une même souffrance, une même famille : l'humanité.
Je ne vais pas argumenter, chercher la cause politique ou historienne, le problème se situe sur un champs que tout le monde connaît : le coeur, l'âme.
Si nous ne sommes pas responsable des crimes de nos pères d'après le droit moderne pourquoi n'appliquons-nous pas ce principe à l'humanité ? Pourquoi ne posons-nous pas la question plus franchement ? Qui accuse-ton ? La turquie ou son histoire ? Montez un tribunal ! Et qu'on en finisse !!!
10 octobre 2009
à l'amour qui viendra
Des grains de poussière illuminent la lumière
de simples corps chancelant aux rayons de la vie
j'écoute
tu n'es pas loin
j'écoute
rien ne sort de ton visage
calme
paisible
incertain
La lumière se tait au bord de la fenêtre
le rideau fermé la voix s'arrête
tu me pousses du coude
« vas-y, ouvre la »
je suis molle de bras
comme tu l'es de paupière
Je goûte à bout d'yeux
ton sourire toujours ouvert
je goûte à bout de cœur
ta main innocente
pourquoi ne me touches-tu pas ?
« regarde, je ne suis pas là »
Autour d'une chanson
Tellement pathétique cette javanaise de Gainsbourg, elle nous a fait rire, tu te souviens ?
- J'avoue j'en ai bavé pas vous, mon amour
- Ah oui ?
- Avant d'avoir eu vent de vous, mon amour
- Vous m'en direz tant
- Ne vous déplaise
- Vous me plaisez juste assez...
- En dansant la javanaise
- pour une danse.
- Nous nous aimions
- Ah ? C'est déjà fini ?
- Le temps d'une chanson.
- C'est cours dites-moi.
- A votre avis qu'avons-nous vu de l'amour
- Le plaisir, je crois, c'est suffisant ?
- De vous à moi vous m'avez eu mon amour
- Et vous donc, votre promesse, mon bonheur ?
- Ne vous déplaise
- Cela me plaît juste assez...
- En dansant la javanaise
- pour sourire vraiment.
- Nous nous aimions
- Ce n'est pas fini, croyez moi
- Le temps d'une chanson
- Certaines chansons ne finissent jamais
- Hélas Avril en vain me voue à l'amour
- Pas en vain, nous nous aimions
- J'avais envie de voir en vous cet amour
- J'avais envie de croire en vous mon amour
- Ne vous déplaise
- Cela me plaît puisque je suis là
- En dansant la javanaise
- Tournons autour si c'est ce que vous voulez
- Nous nous aimions
- Oui c'est vrai
- Le temps d'une chanson
- Très longtemps alors.
- La vie ne vaut d'être vécu sans amour
- Et pourtant nous la vivons
- Mais c'est vous qui l'avez voulu mon amour
- L'amour se fait à deux et se défait à un ?
- Ne vous déplaise
- Elle est forte celle-là
- En dansant la javanaise
- Nous dansons à deux...
- Nous nous aimions
- Nous aimons à deux...
- Le temps d'une chanson
- Nous nous quittons à rien.
09 octobre 2009
J'ai bu kov en rêve
Le silence est partout, et j'aime ça. Le percolateur se réveille avec moi, l'eau goutte doucement avec un bruit de sussions. Le frigo en bas entame son chant vibrato qui compresse le gaz détendu plus tôt. Le néon au plafond grince un peu, la lumière n'est rien d'autre qu'un chant électrique.
Mes oreilles enfin debout, enfin réceptives, le corps devient soudain plus lourd, les pieds bougent, et c'est avec effort que les paupières décident finalement de s'ouvrir.
J'ai rêvé, je le sais, alors j'attrape mon carnet et j'écris, rapidement, sans penser à la cohérence des mots :
Bukowski me rend visite, entre deux bières ou deux baises à l'aveugle. Il se met à rire, un rire extraordinaire, éclatant, fou, stimulant. Il traîne derrière lui un morceau de caoutchouc, il me dit comme ça : « la femme est une machine à baiser et l'homme est une merde »
Je dis : « bon, et après ? »
« Après ? Qu'est-ce tu veux qu'il y ait après, je t'ai dis tout ce que je savais »
« Ouaip, alors tu sais rien ! »
« Ben non, mais moi, au moins, je le sais »
Il farfouille dans mon frigo, à la recherche d'une canette, la dégoupille et la vide fissa. Je n'ai pas l'impression qu'il l'apprécie, on dirait plus qu'il se vide la cervelle avec une cuillère à glace. Cela fait comme une spirale grasse et consistante qui colle aux doigts. Ses sourcils en broussaille, ses paupières peintes au couteau, son minuscule bouton sous l'œil gauche, son air fatigué et plein de dédain, tout cela me fait l'effet d'un miroir qui me regarde et me lance la question dont j'ai toujours eu peur : « T'es qui toi ? »
Le réveil sonne, comme toujours au mauvais moment. De toute façon, je n'avais pas la réponse , alors...
08 octobre 2009
La liberté est partout comme l'amour, il suffit juste de payer le bon prix, vous me croyez ?
Beethoven en arrière plan, ce n'est pas Mahler qu'affectionnait Bukowski, mais la liberté est là tout de même. Que ce soit dans le spiritisme suranné, dans la croyance honnête en l'âme qui nous meut tous, que ce soit en cette petite étincelle d'intelligence qui surgit du corps et construit la conscience, construit la morale, un droit qui va au-delà du simple « je suis le plus fort, donc je suis le roi. » Juste cela, le droit, civique qu'on croit supérieur au naturel quand une lionne allaite sans problème, sans morale, sans loi, un jeune faon qu'elle ne connaît ni d'odeur ni de sang. Si cela arrive dans la nature sauvage, inintelligente, primitive au dernier degré, que devons-nous penser de ce qui n'arrive pas au sein de la plus intelligente des espèces ?
Virer des clandestins d'un territoire qui ne nous appartient pas. Au seul prétexte qu'accueillir la misère des autres territoires affaiblit notre propre territoire. Ce devrait être aux habitants de ce territoire de décider. Mais non, les chefs pensent que le bonheur est égale à la TVA dépensée. Moins le peuple dépense de TVA et plus il va mal. C'est connu ! Consommer rend heureux ou du moins empêche de penser au malheur, le vrai. Celui de se sentir seul quand on veut être à deux ou plusieurs, quand on veut être seul vraiment et qu'un tas de morale oblige les autres à vous ensevelir de leur présence, quand on ne sait pas et qu'on attend de l'autre juste un sourire, un mot qui nous ferait comprendre qu'on n'est pas rien, qu'on vaut toujours le coup, et qu'importe nos erreurs, nous avons tous le droit à de multiples chances.
Il n'y a pas de quotas dans le besoins de réussir sa vie. Nous avons le droit de tenter infiniment notre chance, pourvu qu'on n'agresse personne, pourvu que l'autre soit toujours consentant. En dehors de ça, il n'y a pas de loi. Il n'y a ni paradis, ni enfer. Ou plutôt si : le paradis est à ceux qui vivent pleinement, honnêtement leur désir. L'enfer est à tous les autres.
07 octobre 2009
Matin d'automne ordinaire
L'aube n'est pas encore là, l'eau tremble sous les lampadaires.
J'ai revu Nerval hier. Il m'a dit comme ça : « te prend pas la
tête, y a la corde pour ça ». J'ai ri à ne pas savoir
pourquoi. Le côté bizarre de la vie m'entraîne dans sa joie, sa
douleur et surtout son insondable pourquoi.
L'eau est fraîche et
tendre sur mes doigts, elle glisse sans me laisser de manque, un peu
comme l'air qui tourne autour de moi. Je marche sans me poser de
questions, au bord d'un fleuve qui continue à charrier, comme une
chaîne de forçat, les immondices que l'homme y déverse. Je sais
cela, et pourtant, je le regarde couler en souriant.
J'aime les
matins noirs comme ceux-là, juste quelques commerçants matinaux qui
se préparent pour le marché du mercredi. C'est l'automne, cela sent
bon la pomme, les prunes, les noix et du raisin sauvé des cuves
bourguignonnes. J'aime cette odeur de grain âcre et fraîche à la
fois, cela sent la puissance de la terre, le vrai goût de la vie,
sucré mais franc et sec parfois comme un coing qu'on croque tout cru
: le sucre, il faut le chercher bien loin et quand on le trouve,
c'est miraculeux, parce que le goût de la terre est passé par
là.
Je sifflote malgré moi, toujours des airs anciens qui ne
polluent pas l'émotion pure de l'instant présent. Il ne sert à
rien d'ajouter de la tristesse à la tristesse, de la joie à la
joie. Une jolie fille arrive en face de moi, rêveur, je capte son
regard. Un sourire fuse, un bonjour expire sur ses lèvres : c'est
bon à goûter, tout simplement. Je réponds de même, il est
impossible à mes lèvres de ne pas sourire devant la vie qui se
lève. Je m'assieds sur un banc de pierre et elle m'y rejoint. L'air
froid nous pousse à nous rapprocher. Nos vêtements font obstacles à
nos corps, mais pas à nos âmes : enfin, j'ai la faiblesse de le
croire. D'ailleurs je n'apprécie le contact des autres que grâce à
cette croyance.
- Il fait frais ce matin, l'automne est là.
-
Oui, l'automne est là.
- J'aime le matin, on peut penser et
respirer
- Le soleil n'est pas loin, ça réconforte
- La
journée s'ouvre et on entre dedans
- ça ne te fait pas peur ?
-
Un peu, mais on peut changer son cours
- Alors que la nuit, on ne
peut pas
- Je ne pense pas à la nuit, le matin est là
- Le
matin, oui
Chacun regarde sa montre, automatisme citadin, on se
lève
- C'est ouvert, on peut y aller
- Oui, c'est ouvert
La
boulangère nous sourit, échange purement commercial, mais mes
lèvres y répondent malgré moi en guise de bonjour. Nos baguettes
sous le bras la jeune fille et moi nous sentons soudain comme de
simples étrangers. On ne se dit pas au revoir, on se quitte
simplement.
A six heures donc, chacun va son chemin.
Je passe
par les petites ruelles pour profiter encore du silence et du noir.
Heureusement, c'est l'automne et le soleil peine toujours à se lever
cette saison là, plus qu'en hiver, parce qu'en hiver on ne l'attend
pas, donc il ne nous surprend pas. Je rentre prendre une douche,
boire deux ou trois cafés et filer à la gare. La journée ne
s'allume vraiment que dans le train. Mais le jour qui s'ouvre est
délicieux à goûter.
J'aime le matin...
