16 octobre 2009
Quand tu danses (quand tu dors)...
J'aime bien Goldman, tu le sais, mais la chanson que tu m'as envoyé ne correspond pas tout à fait à ce que je pense. Alors j'y réponds, à ma façon. Tu sais tout ça, nous nous comprenons, mais, bon, pas pu m'en empêcher.
J'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus
Ce que nous avons été, pas de pari sur l'avenir
Quand tu danses, quand tu danses
Mais que deviennent les amoureux perdus
L'amour est perdu, pas les amoureux
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, mais autrement
Amis non, ni amants, étrangers non plus
L'amitié est nécessaire à l'amour, mais elle ne disparaît pas forcément avec lui
Quand tu danses, quand tu danses
Mais quel après, après s'être appartenus ?
Nous sommes-nous jamais appartenus ? Tout ce que nous nous sommes donnés reste en chacun de nous. "Donner, c'est donner, reprendre, c'est voler..."
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, j'y songerai tant que je t'aimerai, autrement
Je crois bien que j'aurai besoin de te voir
Moi aussi, mon ami, je t'aime donc j'ai besoin de toi, ne l'oublis pas
Quand tu danses, quand tu danses
Sans te parler, ni déranger mais te voir
Pas besoin de parler, plus besoin de parler. J'en ai besoin dans l'amour pas dans l'amitié, pas dans la nôtre en tout cas.
Quand tu danses, y songes-tu ?
Quand tu danses, y songes-tu ?
J'y songe, oui, autrement ce serait totalement fini
Et toutes les peines, toutes, contre une seule de nos minutes
L'amour, aussi pénible soit-il, quand il est vrai dans l'instant, est un don qu'on ne refuse pas.
Mais n'être plus rien après tant, c'est pas juste
L'amour n'est pas juste ou injuste, ni le désamour, comme la vie et la mort
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, je ne peux faire autrement
Et j'ai fait la liste de ce qu'on ne sera plus
Je ne sais pas ce que l'on sera, alors...
Mais que deviennent les amours éperdues
Elles s'accrochent ailleurs, je crois, en tous les cas elles ne meurent pas ou alors c'est malheureux
Quand tu danses, y songes-tu?
Quand tu danses, y songes-tu?
J'y songe, oui, autrement nous n'aurions rien vécu.
10 octobre 2009
Autour d'une chanson
Tellement pathétique cette javanaise de Gainsbourg, elle nous a fait rire, tu te souviens ?
- J'avoue j'en ai bavé pas vous, mon amour
- Ah oui ?
- Avant d'avoir eu vent de vous, mon amour
- Vous m'en direz tant
- Ne vous déplaise
- Vous me plaisez juste assez...
- En dansant la javanaise
- pour une danse.
- Nous nous aimions
- Ah ? C'est déjà fini ?
- Le temps d'une chanson.
- C'est cours dites-moi.
- A votre avis qu'avons-nous vu de l'amour
- Le plaisir, je crois, c'est suffisant ?
- De vous à moi vous m'avez eu mon amour
- Et vous donc, votre promesse, mon bonheur ?
- Ne vous déplaise
- Cela me plaît juste assez...
- En dansant la javanaise
- pour sourire vraiment.
- Nous nous aimions
- Ce n'est pas fini, croyez moi
- Le temps d'une chanson
- Certaines chansons ne finissent jamais
- Hélas Avril en vain me voue à l'amour
- Pas en vain, nous nous aimions
- J'avais envie de voir en vous cet amour
- J'avais envie de croire en vous mon amour
- Ne vous déplaise
- Cela me plaît puisque je suis là
- En dansant la javanaise
- Tournons autour si c'est ce que vous voulez
- Nous nous aimions
- Oui c'est vrai
- Le temps d'une chanson
- Très longtemps alors.
- La vie ne vaut d'être vécu sans amour
- Et pourtant nous la vivons
- Mais c'est vous qui l'avez voulu mon amour
- L'amour se fait à deux et se défait à un ?
- Ne vous déplaise
- Elle est forte celle-là
- En dansant la javanaise
- Nous dansons à deux...
- Nous nous aimions
- Nous aimons à deux...
- Le temps d'une chanson
- Nous nous quittons à rien.
07 octobre 2009
Matin d'automne ordinaire
L'aube n'est pas encore là, l'eau tremble sous les lampadaires.
J'ai revu Nerval hier. Il m'a dit comme ça : « te prend pas la
tête, y a la corde pour ça ». J'ai ri à ne pas savoir
pourquoi. Le côté bizarre de la vie m'entraîne dans sa joie, sa
douleur et surtout son insondable pourquoi.
L'eau est fraîche et
tendre sur mes doigts, elle glisse sans me laisser de manque, un peu
comme l'air qui tourne autour de moi. Je marche sans me poser de
questions, au bord d'un fleuve qui continue à charrier, comme une
chaîne de forçat, les immondices que l'homme y déverse. Je sais
cela, et pourtant, je le regarde couler en souriant.
J'aime les
matins noirs comme ceux-là, juste quelques commerçants matinaux qui
se préparent pour le marché du mercredi. C'est l'automne, cela sent
bon la pomme, les prunes, les noix et du raisin sauvé des cuves
bourguignonnes. J'aime cette odeur de grain âcre et fraîche à la
fois, cela sent la puissance de la terre, le vrai goût de la vie,
sucré mais franc et sec parfois comme un coing qu'on croque tout cru
: le sucre, il faut le chercher bien loin et quand on le trouve,
c'est miraculeux, parce que le goût de la terre est passé par
là.
Je sifflote malgré moi, toujours des airs anciens qui ne
polluent pas l'émotion pure de l'instant présent. Il ne sert à
rien d'ajouter de la tristesse à la tristesse, de la joie à la
joie. Une jolie fille arrive en face de moi, rêveur, je capte son
regard. Un sourire fuse, un bonjour expire sur ses lèvres : c'est
bon à goûter, tout simplement. Je réponds de même, il est
impossible à mes lèvres de ne pas sourire devant la vie qui se
lève. Je m'assieds sur un banc de pierre et elle m'y rejoint. L'air
froid nous pousse à nous rapprocher. Nos vêtements font obstacles à
nos corps, mais pas à nos âmes : enfin, j'ai la faiblesse de le
croire. D'ailleurs je n'apprécie le contact des autres que grâce à
cette croyance.
- Il fait frais ce matin, l'automne est là.
-
Oui, l'automne est là.
- J'aime le matin, on peut penser et
respirer
- Le soleil n'est pas loin, ça réconforte
- La
journée s'ouvre et on entre dedans
- ça ne te fait pas peur ?
-
Un peu, mais on peut changer son cours
- Alors que la nuit, on ne
peut pas
- Je ne pense pas à la nuit, le matin est là
- Le
matin, oui
Chacun regarde sa montre, automatisme citadin, on se
lève
- C'est ouvert, on peut y aller
- Oui, c'est ouvert
La
boulangère nous sourit, échange purement commercial, mais mes
lèvres y répondent malgré moi en guise de bonjour. Nos baguettes
sous le bras la jeune fille et moi nous sentons soudain comme de
simples étrangers. On ne se dit pas au revoir, on se quitte
simplement.
A six heures donc, chacun va son chemin.
Je passe
par les petites ruelles pour profiter encore du silence et du noir.
Heureusement, c'est l'automne et le soleil peine toujours à se lever
cette saison là, plus qu'en hiver, parce qu'en hiver on ne l'attend
pas, donc il ne nous surprend pas. Je rentre prendre une douche,
boire deux ou trois cafés et filer à la gare. La journée ne
s'allume vraiment que dans le train. Mais le jour qui s'ouvre est
délicieux à goûter.
J'aime le matin...
01 octobre 2009
à la plus grande Amie
CELLE DE TOUJOURS, TOUTE
Si je vous dis : "J'ai tout abandonné"
C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
Je ne m'en suis jamais vanté,
Ce n'est pas vrai
Et la brume de fond où je me meurs
Ne sait jamais si j'ai passé.
L'éventail de sa bouche, le reflet de ses yeux,
Je suis le seul à en parler,
Je suis le seul qui soit cerné
Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
Et l'air a un visage, un visage aimé,
Un visage aimant, ton visage,
A toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,
Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
Et le sang répandu aux meilleurs moments,
Le sang de la générosité,
Te porte avec délices.
Je chante la grande joie de te chanter.
La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaître,
Ô toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
Le mystère où l'amour me crée et se délivre.
Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.
Paul Eluard, Capitale de la douleur (1926)
29 septembre 2009
Tonalités relatives
Nous sommes sur la même longueur d'onde, Beauté noire. Moi dans la mineur et toi dans la majeur. La disharmonie diraient certains. Et pourtant même Schönberg, le grand perturbateur, n'a pas supprimé le mode en supprimant le ton. Nous sommes des tonalités relatives, nous nous répondons l'un à l'autre comme le soleil à la lune.
Pas des tonalités homonymes par contre. Je cherche rarement en l'autre ce que j'ai déjà en moi. C'est une faiblesse qui m'arrive, bien sûr, mais il faut alors que je doute vraiment de mon existence. Dans ces moments-là je cherche l'autre comme un miroir qui me dirait : oui, c'est bien toi en face, tu es en l'autre, donc tu es aussi en toi. Cela dit, une fois passé le stade du manque, une fois passée l'extase narcissique, on s'ennuie terriblement. Certains s'y font, moi pas. Trop gamin sans doute, trop à la recherche de ce que je ne suis pas encore devenu.
Le « carpe diem », en ce sens, ne sera jamais mon paradis. Rien ne me fascinera jamais tant qu'un fleuve qui coule. Et je coule avec lui. Je charrie bien des choses, mais rien ne s'attache vraiment à moi. En fait, seul ce qui me fait moi, ce qui est véritable, authentique s'accroche. La mémoire de l'eau, l'âme que personne n'a prouvé mais à laquelle je ne peux m'empêcher de croire.
Cette âme, c'est tout ce que je peux donner sincèrement à entendre et à toucher. Voilà une des raisons qui me poussent à la vouloir la plus pure possible. Pas la plus vierge, pas la plus morale, pas la plus conciliante, pas la plus acceptable, pas la plus sociable, et encore moins la plus constante (la fidélité n'est vraie que si l'envie est toujours présente, si l'envie s'en va, la fidélité est un mensonge pathétique qui nuit à l'un comme à l'autre).
Non, la pureté n'est pas lisse et diaphane. Il est loin le temps où l'on pouvait être en extase devant des poèmes à la Ronsard ou à la Charles Cros (Chanson de route Arya du Coffret de santal est simplement détestable si elle est écrite au premier degré), où la beauté était blonde, la pureté blanche, la douceur signe de bonté. Non la pureté n'est pas cela. Elle est rugueuse, sauvage, pleine de désirs et de passions, comme la nature.
Que dit-on quand on veut rendre lisse et « propre » quelque chose ? Apurer ! A privatif, priver de pureté. Facile, je sais ! Trop facile de jouer avec le faux sens des mots. Mais bon, le lexis a parfois droit de cité dans la construction de la vérité.
25 septembre 2009
Parle...
Avec ta permission, je vais essayer de répondre à ton précédent message.
Je vois que mon poème t'a inspiré ou alors ça ressemble trop à la réalité.
Attendre, mon mignon, c'est bien, mais c'est comme l'amour, ça ne suffit pas.
Même si l'autre te rejette, il ne faut pas arrêter.
Parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle.
Si le coeur est sourd, l'âme, elle entend...
Parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle.
Pas pour toi, pas pour regagner son amitié, je suis sûre que tu ne l'as pas perdu.
Parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle, parle.
Ne laisse pas tomber...
24 septembre 2009
Aimer n'est pas juger
Des cafards infestent mon monde. Des naturels, et des humains. Les humains sont beaux, élégants, ils savent sourire et répondre comme il faut. On est souvent tenté de leur tendre la main, les bercer au plus près de notre coeur. Les naturels sont ce qu'ils sont, grouillant, vivant, mangeant, baisant, proliférant.
Si je suis honnête avec moi-même, j'adore les vrais cafards, ils sont authentiques. Je les écrase, c'est vrai, il m'arrive même de les insecticider, mais je les respecte, ils disent ce qu'ils ont à dire, ils ne mentent pas. Ils ne cachent rien, ils n'ont pas peur du jugement des autres, de ceux qui ne les comprennent pas ou ne veulent pas les comprendre. Quand ils aiment, ils donnent tout, sans arrière pensée, sans peur ni ressentiment. Bien sûr, ils ont du souffrir, bien sûr, pas mal de leurs congénères ont du les repousser pour un plus fort, plus séduisant, etc. Mais ils ne gardent pas ce genre de blessure comme une preuve, un argument plausible qui confirmerait leur faiblesse, leur inutilité. Ils suivent toujours leurs envies, leur désir, et tant pis si l'échec est à nouveau au bout du chemin.
Et puis, je les aime aussi, parce que, malgré leur prétendue laideur, leur prétendu manque d'intelligence, ils n'en ont strictement rien à foutre de ce que pensent les autres. Ils sont libres, absolument libres. Quand ils aiment, ils donnent tout. Et si on les rejettent, ils ne vont pas chercher une excuse dans leur petitesse ou l'incompréhension de l'autre, ils se disent juste, nous sommes incompatibles aujourd'hui, demain nous ne le serons peut-être plus, mais ne pensons pas à demain, aujourd'hui seul est important.
Je conçois bien la notion de jalousie, celle d'exclusivité, mais je ne la comprends pas. Comment peut-on aimer quelqu'un et en même temps l'empêcher de s'épanouir en dehors de soi ? Croit-on à ce point que l'amour suffit ? J'ai beau être aimé, cela ne me suffit pas, et cela ne me suffira jamais. Mais bon, la question n'est pas là.
Aimer, c'est quoi, au fonds ? Je parle de l'Amour avec un grand A, pas de l'amitié. Aimer, c'est éprouver du désir pour l'autre, c'est vouloir le posséder et être possédé par lui. Mais, en dehors de cette possession, sommes-toute commune, n'y a-t-il rien ? Parce que si c'est ça, l'amour n'est ni plus ni moins qu'un roman de Virginie Despentes : "Baise-moi", j'en ai besoin, le reste importe peu.
On peut bien se cacher derrière des faux-fuyant, des idées de pureté, si on se donne entièrement, corps et âmes, alors, l'amour n'est que cela : une drogue orgasmique. Ou alors c'est la compensation pour des années de frustrations, de manque d'affectivité, de manque de reconnaissance par l'être aimé. Quand on a traversé le désert, une goutte d'eau vous sauve (ou vous tue). La question de donner son âme pour cette goutte d'eau est dérisoire, alors. On accepte tout, pourvu que l'autre réponde, et s'il ne répond pas, c'es nous qui avons tort, c'est nous qui ne donnons pas assez, jamais assez. Alors on continue à donner, à donner, à donner jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien en nous.
Et les autres, les amis, ceux qui nous aiment pour ce que nous sommes, sont des menteurs. Ils nous disent que nous valons mieux que cela, que nous pouvons être aimé sans nous sacrifier. Ils font chier avec leur présence, leur "jugement", ils ne savent rien, ils ne comprennent rien. "Un seul être vous manque, et tout est surpeuplé", c'est aussi simple que ça. Les arguments de l'amour vrai, celui qui se donne en vue du bonheur de l'autre, celui qui n'a pas peur de prendre des risques, ne trouve aucun écho dans l'âme qui s'est enfermée.
Que faire alors ? Attendre, rester là, à portée de voix, et attraper la main quand elle se tendra à nouveau ou qu'on la sentira se perdre. Mais la main arrivera-t-elle à temps ?
22 septembre 2009
Insomnie
Dormir est insuportable. La vie revient toujours vous hanter lorsque vous ne l'avez pas vécue à fond. Quand il manque quelque chose, quand il manque quelqu'un, le sommeil est impossible. On a beau se rassurer, se dire que tout va bien, l'esprit agité continue son chemin. Tourner, tourner, c'est bon pour les hamsters (je ne sais même pas si c'est bon pour eux, ils ne tournent pas dans la nature). Ressacer le même geste fait qu'il ne fallait pas faire, revoir les mêmes mots dits qu'il ne fallait pas dire, construire de nouveaux scénari, inventer, réfléchir quand la vie est pure spontanéité : c'est normal que le sommeil me rejette, il fait partie de la vie.
Au bord de l'abîme, ma tendre acalmie
s'entassent les victimes de mon insomnie
je voudrais tant, mon amour défunt
retrouver un nouveau chemin
Mais tu n'es pas là
et l'autre que tu m'as fait redécouvrir
se terre en son jardin
de roses et d'étoiles
Au bord de l'abîme, ma tendre amie
je te tends la main toujours
toi tu le sais jusqu'à l'amour
mais elle, ma mie, ma tendre mie
Elle ne connaît que mon esprit
faut-il un corps pour être compris
je lui tiens la main aussi
advienne que pourra, le bonheur ou le malheur sont ici.
20 septembre 2009
Au bonheur
Je ne vais plus, chaque matin, à la rencontre de ce doux être au loin que je considère comme une sœur d'âme. Je ne vais plus chaque matin, cueillir avec des mots son sourire comme une fleur. Son corps m'indiffère quand il m'attirait tant autrefois. Et pourtant il n'a pas changé et moi non plus, je n'ai pas changé. Alors d'où vient ce revirement complet de nos sentiments.
Il est si facile de se tromper lorsque s'agitent nos hormones. La première fois que je la vis, j'étais jeune alors et je n'avais d'autres pensées quand je voyais une fille que de la mettre dans mon lit. Le temps a passé, bien des lits ont été remplis, ou sont restés vides, bien des désirs ont été assouvis ou écartés, et elle, qui m'a rempli sans que je ne la remplisse jamais, est réapparut.
J'ai tellement rêvé de ces retrouvailles, tellement fantasmé, avec ma nouvelle assurance en matière d'amour, je me voyais la séduire et la prendre toute entière. Mais rien de tout cela n'est arrivé. J'ai goûté longuement à son âme, j'y ai retrouvé tout ce que j'aimais, la tendresse, la révolte, la générosité, le besoin de liberté et, paradoxalement, cette facilité à s'attacher à la passion comme un Christ à la croix. J'y ai retrouvé, intacte et vibrant, la folie qui me l'avait fait aimer.
Mais, à présent, je ne vais plus chaque matin, à la rencontre de son sommeil. Non, je ne vais plus, chaque matin, apaiser de mes mots mutins les peurs qu'elle pouvait avoir devant le monde qui s'éveillait à elle. Son âme est toujours aussi présente à la mienne, je la sens vibrer, aussi loin qu'elle fut, et répondre comme un diapason ébréché à ma propre âme écorchée. Je la sens vibrer, mais ce n'est plus la même joie, la même liberté qui répond à ma propre folie.
La peur la rempli comme l'eau et empêche le vent de porter à moi la réponse de sa voix. Elle se fait muette, elle se fait silence, et ferme les portes par peur de ressentir autre chose que sa passion.
Je n'ai jamais voulu son corps, c'est une certitude à présent. Mais ce corps existe et, en se donnant ailleurs, il emporte avec lui l'âme que je chérissais. Cette âme qui voulait tant faire de son corps un temple et qui me semble à moi, une prison. « Soulève la pierre, je suis dessous » s'amusait-elle à me dire. Et, dans mon rêve, la pierre pouvait être n'importe où, sur un chemin, une route et même dans les profondeurs de la forêt.
L'âme était partout, elle était immense, et pouvait se donner en même temps à l'amour et l'amitié. Mais l'âme, prise dans le corps, prise dans la pierre, ne peut se donner qu'à celui qui possède le corps, qui tient entre ses mains la pierre.
Pour cela, je ne vais plus, chaque matin, déposer mes rêves sur son berceau. Pour cela, je ne vais plus, chaque matin, éveiller son âme au sourire de la mienne. Une porte s'est fermée dont je n'ai pas la clef, et j'aurais beau frapper, personne ne viendra m'ouvrir puisque la clef n'appartient plus à l'âme que j'aime.
L'amitié est là, toujours vivante comme l'âme endormie dans son temple. L'amitié est là, elle guète en silence, le bonheur, elle guète avec le sourire au tréfonds d'elle-même, parce qu'elle sait, elle en est certaine : là-bas, l'âme passionnée, l'âme enchaînée trouvera le bonheur vrai ni tranquille ni apaisé, fou, douloureux parfois, mais libre et entêté. Elle trouvera le bonheur et la porte qu'elle avait fermée s'ouvrira d'elle-même parce qu'elle sera certaine de son amour et n'aura plus peur de s'ouvrir à l'amitié.
