Pensées en bric à vrac

Des pensées écloses au sein de la nuit. Quelques poèmes épars. Un soupçon de philosophie et de littérature pour éclairer l'âme. Juste un terrien qui se donne à voir et à penser.

18 octobre 2009

De l'amour 1ère partie

« Vienne la nuit sonne l'heure
« Les jours s'en vont je demeure »

Appolinaire

« Avec le temps » chantait Léo Ferré, « tout s'en va ». J'aime Ferré, mais je ne suis pas anarchiste, la révolution, tout le temps, ça me saoule. On ne peut tout remettre en question tout le temps sans y laisser une grande part de son âme. Je suis un arbre, seule ma peau est vivante, mais ce qui la tient, cette peau, la mort en dessous, à l'intérieur est ce qui me fait tenir debout.

 

De l'amour... Vaste sujet, je sais. Mais bon, Pascal Bruckner nous ayant pondu un nouvel essai qui, sans doute, ne nous apprendra rien de nouveau. Je me permets d'y aller de ma plume, juste pour dire que l'amour est trop personnel pour être un sujet de savoir. Soit on sait tout, et on peut philosopher sur l'amour, soit on est comme tout le monde et on parle juste de la sa vision de l'amour. On peut me sortir des études psychologiques basées sur des statistiques, elles-mêmes basées sur des tests, ces derniers basés sur un protocole toujours arbitraire même s'il est ou plutôt pour cette raison même qu'il est rationnellement construit, je crois que l'amour ne s'observe pas, il se vit, et se vivant, s'il est véritable et pas seulement un moyen de ne pas être seul, un moyen de réconforter nos âmes douloureuses, il est tout, sauf rationnel. C'est un cliché, je sais. Mais certains clichés ne sont que le signe du bon sens qui ne cherche pas l'originalité du concept, mais juste la vérité, aussi simple nous apparaît-elle. Vous vous souvenez, le simple et le complexe ? Lequel choisir, lequel s'impose ?

 

Mes amours défuntes, je vous ai haïes, autant que je vous ai aimées. Mais si l'amour est joie, dans le fond, la haine n'est rien d'autre qu'une douleur. Si l'amour est plénitude, la haine est frustration. Dans l'amour, je vous prends toute entière, dans la haine, je me détruis tout seul (et vous détruit aussi si l'amour n'a pas été véritable).

 

On ne peut cataloguer, on ne peut moraliser l'amour, il est à l'image du moi, peau vivante, changeante, mortelle. On a la prudence de le renier quand il a été trop fort, quand il pèse trop sur l'après, mais ce n'est qu'un maquillage, un masque, un refoulement. Il fait partie du vivant, même mort.

 

Une amie m'a parlé un jour de probabilités. Quand on a beaucoup souffert, plus que la majorité des gens, quand on a tenté et retenté sa chance un nombre incalculable de fois, est-il juste que la probabilité de réussite soit toujours la même malgré ça. On gagne de l'expérience avec les épreuves, mais l'amour est-il une question d'épreuves ?

 

Bien sûr, on séduit mieux, on cerne mieux les désirs de l'autre. Mais tout cela est de l'ordre de la séduction, de la captation du regard de l'autre, de la chasse, la captivité, le dressage et l'apprivoisement. L'amour qui dure est empli de compromis, mais il n'a rien à voir avec ça. Et s'il n'est que ça, traitez-moi de fou, traitez-moi de con, traitez-moi de déviant, traitez-moi de rêveur, ce que vous voudrez, je ne veux pas être amoureux, et je ne veux pas qu'on soit amoureux de moi.

 

On me dit parfois, l'amour n'est qu'un prétexte, c'est l'animal qui crie en nous pour la survie de l'espèce. L'espèce humaine est-elle en danger de disparaître ? Laissez-moi rire ! L'espèce humaine n'a pas besoin de moi pour se multiplier. Et ne me sortez pas le proverbe qui dit : si tout le monde faisait comme vous... De cela, j'en suis sûr et certain, copuler, procréer, cela va de soi. Je ne dis pas que c'est facile, je ne dis pas que c'est inutile, je ne dis pas... En fait, je ne dis rien, chacun son opinion. L'important à savoir c'est que si ça fait partie de l'amour, ça n'en est qu'une suite, pas un début. Si on aime l'autre pour les enfants qu'il nous donnera, alors on aime les enfants, pas l'autre. Bizarre tout de même cette vision. Comment peut-on aimer des êtres qui ne sont pas encore là ? On aime sans doute l'idée, et quand elle se matérialise, soit on s'y accroche parce qu'on en est responsable, ou plus heureux, parce qu'on aime vraiment ce qu'on avait juste l'intention d'aimer mais pas la certitude.

 

L'amour ne vient pas toujours tout seul, il peut se construire petit à petit, à force de vouloir, à force d'envie. Je ne suis pas un maniaque du coup de foudre : mise à part pour une, je n'en ai jamais ressenti. L'amour, le plus souvent, est affaire de temps. On aime, on le déclare, on attend la réponse : oui, plus fréquent qu'on croit. On aime, on le déclare, on attend la réponse : non, on persiste, on se démasque, on fait voir le bon en nous (la majorité d'entre nous le sont : une foi, pas une certitude), et si l'autre recherche l'amour sincère et pas une progéniture idéale ou une sécurité matérielle que l'un ou l'autre peut se faire tout seul de notre temps, alors cela marche dans une majorité de cas. Reste la minorité ! Qui s'accroit de nos jours... à cause de trop d'exigence ? De trop de peur ?

 

Non, exiger le prince charmant fort et courageux ou la bergère innocente et douce, cela date de la préhistoire et cela reste d'actualité, inutile de le renier on en parle trop pour que cela n'existe pas. Les caractères de La Bruyère ou Les maximes de La Rochefoucauld ont déjà du le dire : ce que nous haïssons le plus chez l'autre, ce que nous rejetons le plus, est souvent ce que nous sommes ou croyons être. Non, tout cela n'est pas nouveau, cela fait partie des amours qui se passent en général très bien ou très mal, mais qui se passent tout de même. L'amour était là, il s'est trompé ou il a réussi à trouver le bon compromis, il s'efface donc pour un nouveau ou il est là, toujours vivant.

 

Ce qui change ou devient visible, ce serait plutôt le regard que cette minorité solitaire a de l'amour. Qu'est-ce qu'un personne qui a trouvé l'amour ? Une personne qui vit en couple, tout simplement. Le couple peut être instable, il peut être douloureux, il n'empêche qu'il tient et s'il tient c'est que l'amour est derrière, un ciment indispensable. Cela, c'est l'ancienne vision, celle qui cache la nécessité de l'autre, le dégoût de la solitude, la peur de mourir seul, la peur aussi d'aimer cette solitude connotée d'immorale, de déviante par toutes les sociétés. Une ancienne vision qui persiste aussi et qui fait la majorité.

 

Alors quoi ? Qui y a-t-il de nouveau, qu'est-ce qui fait la spécificité de cette minorité ?

 

Avant tout elle est amorale. Elle ne cherche pas à se caser à tout prix pour ne pas être mal vue. Et puis la société elle-même ne la force pas tant que ça à se caser, ne facilite pas sa mise en couple. Il n'y a plus de rites initiatiques, il n'y a plus cette main-mise des autres sur nous, sur notre destin, qui guide nos choix (antinomique, le choix est indépendant ou n'existe pas), qui fait que nous n'avons rien à faire pour être à deux, nous serons à deux forcément, c'est le processus logique. Qu'on le veuille ou non, la majorité des couples, consciemment ou non a suivi ce rite initiatique et souvent s'en porte bien.

 

La nouveauté alors, vous ne saisissez pas ? Le choix ! Nous choisissons d'être amoureux ou pas. Nous croyons à ce choix. Quand je dis nous, je parle de la minorité. En vérité, nous ne posons pas le problème ainsi. Il est moins question de choix que de non obligation de choix. Nous ne sommes pas obligé d'aimer un autre. De cela, nous sommes certains. Du coup, tout est possible, les probabilités sont multiples et donc incertaines.

 

Sociologiquement parlant, les femmes sont sans doute plus influencées par cette nouvelle donne. Elles cherchent le beau mâle comme les hommes cherchaient la belle femelle. Des ogres qui épousaient des princesses, c'était monnaie courante, ça l'est encore pour la majorité, mais puisque nous avons le choix... Cependant la sociologie se base aussi sur la statistique et la statistique donne souvent raison au plus grand nombre. Posons la question encore et toujours, c'est une question de survie : le plus grand nombre a-t-il toujours raison ?

 

Parmi la minorité dont je parle, bien des femmes ont aimé et aimeront encore des ogres (sous l'aspect physique et moral). Cela ne signifie pas que le physique ne joue pas. Pour ce qui est du moral, c'est tellement facile à feindre qu'un pervers absolu peut se faire prendre pour le prince charmant sans difficulté. Il suffit de prendre connaissance des nombreuses femmes qui écrivent à ce sujet : Véronique Moraldi, par exemple. Jetez un œil à Gardez-vous d'aimer un pervers, ça n'apprend rien, mais ça confirme beaucoup de choses.

 

Donc le physique et le moral joue beaucoup, mais ce n'est pas cela qui freine la mise en couple, le sentiment amoureux. Qu'est-ce qui est commun à tous les amours, qu'ils soient basés sur un choix physique ou moral ? Le sexe ! On a beau poétiser, rêver, l'amour humain sans sexe n'est pas un amour complet. C'est un amour tronqué, déçu qui finit par mourir tout seul. Nous sommes des animaux, ne l'oublions jamais ! Nous avons des besoins et il est naturel de les satisfaire. Si nous sommes capable de faire l'amour et que nous avons quelqu'un qui veuille le faire avec nous, alors si nous ne le faisons pas c'est que l'amour n'est pas là. On peut baiser sans aimer, mais on ne peut aimer sans baiser (sauf incapacité physique ou psychique). C'est la majorité qui parle ici, mais bon, ça fait du bien, alors si on aime pourquoi ne pas se faire du bien ?

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13 octobre 2009

Soirée ordinaire

Dix-huit heures, sorti du boulot. Le cœur est dans les chaussures, il faut à l'air vivifiant et au ciel bleu bien des efforts pour le remonter jusqu'au cerveau. Oups !!! j'ai failli le dégueuler...

Un message laconique, mi « apaisant », mi « je ne sais pas » vibre sur mon portable. Le sourire est là, c'est l'important.

Echange sms standard :

« Bonjour, tu va bien ? »

« Oui je vais bien, et toi ? »

« Je vais bien merci. »

Poignée de main au hasard d'un trottoir, dans une rue commerçante, de celles que je déteste. Chapeau levé à la mode ancienne, regard à peine croisé, pudicité courtoise réglementaire. Allez au-delà, rire aux éclats, taper la fesse en guise de plaisanterie : ouh-là ! Fausse manœuvre, retour en arrière, effacer la main malheureuse, effacer l'amicale grivoiserie !

Heureusement, à ma sortie du train, la vraie vie me rattrape. Une beauté noire (pas celle que vous connaissez) accoudée au bar sans livre ni gestes inconscients traduits sans grande imagination par de multiples Goldman cherchant à écrire un « Tout était dit » inédit.

C'est un pub irlandais, en face de la gare, il me rappelle bien des cuites et bien des conversations sans queue ni tête avec des bibliothécaires trop cultivées pour le métier qu'elles font. Cela  tombe bien, c'est une de ces bibliothécaires, pas chiante pour un sou, pas imbue d'un savoir que tout le monde peut avoir si on lui en donne l'occasion et si l'envie est de son côté. Dans la culture il n'y a ni supérieur ni inférieur, il y a juste un désir et des obstacles.

Nous bavardons simplement autour d'un « cuba libre » qu'on porte en toast à Hemingway.

Nous nous retrouvons quelques minutes plus tard chez « Gavroche », le restaurant s'appelle comme ça, ce n'est pas une blague. Un pauvre enfant se fait tuer après avoir eu du mal à croquer un quignon de pain, et on s'empiffre à ses dépends deux siècles et demi après. Bon c'est vrai, c'était un personnage de roman, et le sang a bien du sécher depuis...

Une quatre fromages pour elle, une chorizo pour moi et un chianti rouge, toujours trop jeune, entre nous. Je ne sais pas pourquoi, cette tendance à commander du chianti avec une pizza. Voudrait-on être dans le ton ? Nous sommes des beaufs aussi cultivés soit-on.

Mais bon, cela n'empêche pas de goûter un morceau de plaisir.

  • ça me fait plaisir de te revoir. Tu fais quoi maintenant ?

  • Je suis comptable, enfin, assistant comptable.

  • Ça ne te ressemble pas. Et t'aime ça.

  • Ben, tu sais, un métier est un métier, il ne me ressemble pas, mais je suis pas obligé de lui ressembler.

  • Richard Enconina dans Levy et Goliath !!!

Chaque fois que je lui sorts une maxime à la mords-moi le noeud, elle me sort un film idem. Pour une des rares fois, j'avais vu la référence. L'innocent Lévy qui travaille à l'usine le jour et étudie la Thora la nuit. Sauf que dans la réalité ça ne se passe pas vraiment comme ça. Après huit heures de boulot, physique ou intellectuel, j'ai pas vraiment la force de passer à autre chose. Je me laisse guider par la fatigue. Comme là, par exemple, dîner avec une personne sincère qui parle simplement avec peu de mots.

Je serai tenté de dire qu'elle me ressemble, mais ce n'est pas vrai. Après trois verres, sa mère débarque, son petit ami, ses ex et moi qu'elle ne sait situer.

J'écoute, je comprends, je comprends parfois quand j'aime les gens (ça ne m'arrive pas souvent). J'ai deux verres d'avance et cependant je ne donne pas autant. C'est bizarre. Je reçois énormément de mots, et, j'ai beau faire, je ne sais jamais en donner autant. Raconter ma vie avec mes lèvres est impossible. Et ce n'est pas en l'écrivant que j'en dévoile quoi que ce soit. L'écriture est facile, elle coule d'elle-même, mais elle est toujours dans une langue que ne je ne capte pas moi-même.

La soirée finie, rapide soirée en fin de compte, elle me dépose chez-moi.

  • On se refait ça quand tu veux !

  • Oui, ça sera avec plaisir.

  • Tu passes demain au pub ?

  • Oui, cinq minutes, pas plus, j'ai ma compta à réviser.

  • Pff, t'es pas jouasse !

  • Désolé.

  • Y a Florence qui passe, elle a eu une fille, tu le sais ?

  • Non... On s'est pas revu depuis la fac.

  • Ben ce sera l'occasion de prendre des nouvelles.

  • Ouais, t'as raison, bonne nuit.

  • Bonne nuit, à demain, hein ?

  • Oui, oui, à demain.

Elle m'embrasse...

Sensation bizarre : ce n'est jamais moi qui embrasse. Mais le cœur y est. Je rend la pression du corps, chaud contre chaud, cœur contre cœur, et puis nous partons, chacun de notre côté, chacun à sa nuit, chacun à ses rêves...

Demain... Je n'y pense même pas, on verra !

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09 octobre 2009

J'ai bu kov en rêve

Le silence est partout, et j'aime ça. Le percolateur se réveille avec moi, l'eau goutte doucement avec un bruit de sussions. Le frigo en bas entame son chant vibrato qui compresse le gaz détendu plus tôt. Le néon au plafond grince un peu, la lumière n'est rien d'autre qu'un chant électrique.

Mes oreilles enfin debout, enfin réceptives, le corps devient soudain plus lourd, les pieds bougent, et c'est avec effort que les paupières décident finalement de s'ouvrir.

J'ai rêvé, je le sais, alors j'attrape mon carnet et j'écris, rapidement, sans penser à la cohérence des mots :

Bukowski me rend visite, entre deux bières ou deux baises à l'aveugle. Il se met à rire, un rire extraordinaire, éclatant, fou, stimulant. Il traîne derrière lui un morceau de caoutchouc, il me dit comme ça : « la femme est une machine à baiser et l'homme est une merde »

Je dis : « bon, et après ? »

« Après ? Qu'est-ce tu veux qu'il y ait après, je t'ai dis tout ce que je savais »

« Ouaip, alors tu sais rien ! »

« Ben non, mais moi, au moins, je le sais »

Il farfouille dans mon frigo, à la recherche d'une canette, la dégoupille et la vide fissa. Je n'ai pas l'impression qu'il l'apprécie, on dirait plus qu'il se vide la cervelle avec une cuillère à glace. Cela fait comme une spirale grasse et consistante qui colle aux doigts. Ses sourcils en broussaille, ses paupières peintes au couteau, son minuscule bouton sous l'œil gauche, son air fatigué et plein de dédain, tout cela me fait l'effet d'un miroir qui me regarde et me lance la question dont j'ai toujours eu peur : « T'es qui toi ? »

Le réveil sonne, comme toujours au mauvais moment. De toute façon, je n'avais pas la réponse , alors...

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08 octobre 2009

La liberté est partout comme l'amour, il suffit juste de payer le bon prix, vous me croyez ?

Beethoven en arrière plan, ce n'est pas Mahler qu'affectionnait Bukowski, mais la liberté est là tout de même. Que ce soit dans le spiritisme suranné, dans la croyance honnête en l'âme qui nous meut tous, que ce soit en cette petite étincelle d'intelligence qui surgit du corps et construit la conscience, construit la morale, un droit qui va au-delà du simple « je suis le plus fort, donc je suis le roi. » Juste cela, le droit, civique qu'on croit supérieur au naturel quand une lionne allaite sans problème, sans morale, sans loi, un jeune faon qu'elle ne connaît ni d'odeur ni de sang. Si cela arrive dans la nature sauvage, inintelligente, primitive au dernier degré, que devons-nous penser de ce qui n'arrive pas au sein de la plus intelligente des espèces ?

Virer des clandestins d'un territoire qui ne nous appartient pas. Au seul prétexte qu'accueillir la misère des autres territoires affaiblit notre propre territoire. Ce devrait être aux habitants de ce territoire de décider. Mais non, les chefs pensent que le bonheur est égale à la TVA dépensée. Moins le peuple dépense de TVA et plus il va mal. C'est connu ! Consommer rend heureux ou du moins empêche de penser au malheur, le vrai. Celui de se sentir seul quand on veut être à deux ou plusieurs, quand on veut être seul vraiment et qu'un tas de morale oblige les autres à vous ensevelir de leur présence, quand on ne sait pas et qu'on attend de l'autre juste un sourire, un mot qui nous ferait comprendre qu'on n'est pas rien, qu'on vaut toujours le coup, et qu'importe nos erreurs, nous avons tous le droit à de multiples chances.

Il n'y a pas de quotas dans le besoins de réussir sa vie. Nous avons le droit de tenter infiniment notre chance, pourvu qu'on n'agresse personne, pourvu que l'autre soit toujours consentant. En dehors de ça, il n'y a pas de loi. Il n'y a ni paradis, ni enfer. Ou plutôt si : le paradis est à ceux qui vivent pleinement, honnêtement leur désir. L'enfer est à tous les autres.

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05 octobre 2009

Aux lecteurs de la part d'un type qui n'a rien à dire

(Merci à Sonia qui m'a gentiment laissé un commentaire après avoir lu mon texte "Dormir")

C'est l'histoire d'un type qui n'a rien à dire. Les mots sortent de son esprit comme des bulles d'air invisibles, intangibles, ne frappant pas la peau nue des autres en face, les lecteurs. Les mots, en fait, n'ont pas de véritable vie, les yeux glissent dessus, se fatiguent et finissent par s'endormir sans avoir rien appris, sans avoir été touché. Une larme coule parfois, mais c'est une larme d'ennui qu'un long bâillement a fait surgir au bon moment, pour que l'œil se nettoie de toute cette chienlit qui s'accroche à l'esprit, l'hypnotise et le relâche aussi vide qu'il était venu.

Le lecteur s'ennuie à mort, mais qu'en est-il du type qui écrit ces mots ? Il doit lui aussi sentir le mauvais fromage, tout assis qu'il est sur sa chaise en plastique, à taper sur le clavier de son ordinateur avec une lenteur et une obstination qui frôle la bêtise du lemming. Aller tout droit, frapper le mur, revenir, aller tout droit, frapper le mur, revenir, aller tout droit... ad libitum. Pourquoi fait-il cela ? Hait-il à ce point le monde qu'il veut l'ensevelir dans la tombe qu'il se creuse pour lui-même ? Ou alors il n'a pas conscience de ne rien dire : pour lui, écrire c'est forcément dire quelque chose que cette chose soit nulle d'un point de vue culturel, historique, psychologique, philosophique, humain importe peu : ce que l'un considère comme un rien est vu comme un trésor par l'autre. Mais ce n'est pas vraiment cela qui le pousse à écrire : le lecteur, en un sens, il s'en contre fout, ce n'est pas le lecteur qui nécessite l'auteur. Celui qui écrit pour être lu cherche d'abord des lecteurs, ensuite seulement il se met à écrire : un peu comme une usine qui ne fabrique un produit qu'au moment où elle sait qu'il y a un marché qui a besoin de ce produit, et si le marché n'existe pas ou qu'elle n'arrive pas à le créer, alors elle laisse tomber le produit.

Je suis à ce niveau-là l'idée de Rilke à propos de Rodin, c'est l'œuvre qui a des admirateurs, pas l'artiste. L'œuvre seule est reconnue, son auteur est invisible et le restera toujours. Qui connait Rodin, l'homme ? Peu ou prou, personne. Qui connait le baiser : une foule entière. Alors, franchement, qu'admire-t-on lorsqu'on est en face d'une œuvre du grand maître, je veux dire honnêtement ! Est-ce deux petites mains qui ne sont plus ?

Si les mots sont lus, et appréciés, alors que le type qui écrit n'ait rien à dire ou qu'il soit rempli d'un message que l'humanité entière doit écouter, cela n'a aucune espèce d'importance, parce que seuls les mots ont quelque chose à dire, pas le type qui les écrit, eux seuls se retrouve devant l'œil du lecteur, eux seuls sont à chier ou à admirer. Reste que c'est difficile de s'en prendre à des mots, il faudrait les décortiquer, tirer de ce qu'ils n'ont pas dit quelque chose qu'on attendait peut-être qu'ils disent. Tirer du néant un être véritable. Cela est plus difficile, infiniment plus difficile que s'en prendre à l'auteur qui n'est pas là, qui n'existe peut-être pas ou plus, qui est virtuel. Les mots sont pourtant là, devant soi, c'est eux qui ne disent rien, c'est eux qu'il faudrait déstabiliser, c'est d'eux qu'il faudrait tirer la preuve de leur néant. Je suis sûr que, ce faisant, le lecteur qui n'a rien à lire trouverait enfin un sens aux mots qu'il a devant les yeux. Que ce sens soit négatif ou positif importe peu.

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04 octobre 2009

Dormir

Un Columbo en guise de distraction avant d'aller se coucher...
Le désoeuvrement selon certains ou juste une joyeuse occupation en ce qui me soncerne.
Dormir n'a jamais été ma tasse de thé. Un peu comme un oubli de soi, un évanouissement...
Dormir m'effraie... Non pas que je fasse des rêves effrayants, non, c'est stupide en un sens et pas dans d'autres (je pense à tous ceux qui ne peuvent dormir parce des réalités affreuses du passé les rattrapent). Non, dormir me place dans une quiétude trop grasse pour que je m'en plaigne. Il m'arrive souvent de rêver d'être écrasé par le plafond, mais ça, j'en ai l'habitude. Dormir m'effraie, parce que c'est une perte de conscience, un endroit où l'on ne sait plus si l'on est ou si l'on ne fait que rêver d'être.
Dans le fond, cela me rappelle la vie avec un peu plus de puissance. Dormir, pour moi, c'est comme ouvrir l'âme jusqu'à la plus profonde de ses blessure. C'est comme goûter à la vérité sans préparation. Je n'ai pas tant de maquillage en réserve pour ce genre d'évènement. Je sais qui je suis ou je le crois être, en tous les cas je n'ai pas peur de me découvrir un peu plus. Mais le moi m'indiffère et le dormir me le fait revenir à pleine force.
Certains médecins bienveillants m'ont  proposé des cachets miraculeux, mais ils n'avaient pas compris le sens de ma peur. Dormir n'est rien selon eux si cela se résume à un trou noir dont on ne se souvient plus au matin. Le problème c'est que je veux me souvenir du temps où j'ai dormi. J'ai un carnet tout près à côté à la première sonnerie du réveil pour écrire ce que j'ai vécu en-deçà du réveil. J'aime rattraper ce bout de vie en dehors de la vie !
Les psychanalystes me disent que cela fait partie de la vie, que c'est la vie ! Mais comment les croire quand je ne puis le communiquer à autrui. La vie peut-elle être ce qu'on ne peut communiquer ? Etrange vie, vraiment, mais, il semble que ce soit la réalité. Pas celle de Lacan, cela va de soi, mai la réalité tout ordinaire, bien pensante, bien moralisante, bien adossée aux murs qui nous entourent.
A quoi sert de dormir, alors... Pur besoin biologique, cognitif, c'est tout. Dans le fond, je suis orgueilleux, je ne veux pas être une simple plante ordinateur, j'ai besoin d'émotion, et j'ai trop peu foi en mes émotions. J'ai l'impression que l'âme vivrait bien mieux, les yeux ouverts tout le temps. Je me trompe certainement puisque l'âme a toujours les yeux ouverts. Mais bon, je suis un pauvre primitif qui croit que quant le corps s'endort, l'âme s'endort avec lui. C'est enfantin, c'est humain...

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28 septembre 2009

Je t'aime donc j'ai besoin de toi

Être nécessaire, mon pauvre.
Je ne t'aime pas parce je te suis nécessaire, je t'aime parce tu m'es nécessaire.
L'amour est ce qu'il y a de plus égoiste, et tu le sais. Mais toi, tu n'es pas égoiste, alors tu n'es pas amoureux.
Tu places l'amitié si haut qu'il n'y a plus de place pour rien autour.
J'ai compris cela...

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Exister pour être

J'aime comme la vie coule s'écoule de par tous les sens, mais j'ai l'impression qu'aujourd'hui la vie coule moins vite, ou tout simplement qu'elle ne coule plus. Comme un lac, c'est juste la lumière qui court dessus qui la rend mouvante en image.

La vie, en un sens, ne me passionne plus. Je ne sais pas si elle m'a un jour passionné. Étrange impression de devenir vieux, lucide, cynique.

L'arbre n'est rien sans ses racines mais elles ne l'empêchent pas de brûler lorsque la foudre lui tombe dessus. Les racines que j'ai au fonds de moi peuvent me protéger de moi-même, mais elles n'ont aucun effet sur les agressions extérieures.

Je me sens las au fonds, fatigué de vivre cette vie sans attache avec autrui, sans vrai rapport avec autrui, je veux dire. Bien sûr, une poignée de personnes m'offrent ce rapport. Mais, une personne manque et tout le reste est balayé.

Je me sens seul, c'est tout. Et, cependant, Dieu sait que j'aime être seul. Il me faudrait une de ces expérience de la quatrième dimension pour en être sûr.

C'est de ma faute, certainement, je ne vais pas assez vers les autres. J'y suis tellement allé que j'ai fini, à la longue, par m'en lasser. Le pire est que je ne m'en sens pas très affligé. Je crois qu'avec le temps, à la douleur puis à l'ennui a succédé un vague sentiment qui ressemble à l'indifférence mais qui en diffère par ce besoin toujours présent de tendre la main même s'il ne me reste plus qu'un moignon.

En fait, la vie ne coule plus dans aucun sens. Elle se vide simplement d'elle-même, de jour en jour plus sèche, de jour en jour plus plate, de jour en jour plus insipide. Et je continue tout de même à la vivre avec ses douloureux réveils qui ne servent à rien et ses douloureux couchers qui tardent tant à venir.

Je ne sais pourquoi je dis cela à des oreilles sans bouche. C'est plus facile, sûrement. Juste un exutoire, je pisse comme je pleure dirait Brel. Faute de savoir pleurer, je pisse, voilà tout.

Je veux tellement être fort, tranquille, sage pour que mon bras ne tremble pas devant l'angoisse des autres. Mais il arrive un moment où le bras tremble quand même, que l'inquiétude devant un ami malade fasse resurgir la plus grande des craintes : je ne peux rien faire, je le veux, mais je ne peux pas. Je ne fais jamais semblant, mais parfois, certaines de mes convictions les plus profondes cachent la plus douloureuse incertitude. Je suis las de tout savoir, de le faire croire du moins. Je suis las de cette feinte devant la vie, ce léger haussement d'épaule en réaction à l'absurdité de la réalité. Je ne veux jouer aucun rôle sinon le mien.

Je ne sais pas si c'est le cas de tous ceux qui ont échoué, mais je crois qu'en deçà de la réussite morale, l'homme n'a aucune raison de vivre ici-bas. Je suis socialiste avec le corps et impitoyablement républicain avec l'âme. Dans le monde métaphysique, en cette volonté d'Être qui nous anime, je n'ai pas pitié de ma faiblesse, de mes handicapes, je me crache dessus avec plaisir si cela fait pétiller un instant ma volonté d'être meilleur. Le problème est qu'il faut exister pour être. Et lorsqu'on se rend compte de cela, on ne peut rien pardonner à ses échecs, aussi futile soit la réussite.

On a besoin d'exister pour être, je veux dire par là qu'il faut réussir à convaincre l'autre que nous sommes nécessaires pour devenir soi. Être de trop, gêner, c'est la pire des choses qui soit. J'aurais beau me dire, je suis comme je suis, je suis fait comme ça, ça reste juste une chanson de la merveilleuse Juliette Gréco, une chanson, une simple chanson.

Je suis artiste, je n'ai aucun doute à ce sujet. Voilà tout ce qui me maintient vraiment en vie. La poésie, la littérature est sans doute le seul moyen pour moi de relever le défi, de transformer ce qui est « en trop », en quelque chose qui a sa place. Exister pour ensuite Être.

L'espoir fait vivre, dit-on. L'espoir me dit que je pourrais vivre « vraiment » avec quelqu'un un jour. Je veux dire vivre socialement avec quelqu'un, lui parler, me comporter « normalement » (je mets des guillemets quand je sens profondément qu'elles sont inutiles) avec lui. Mes absences, cependant, seront toujours là, mes silences seront trop lourds et je ne saurais si je fais du bien ou si je ferais mieux de partir.

Peu de gens m'intéressent ! On peut me traiter de misanthrope, je m'en fous. Je suis exigeant, mais pas comme on pourrait parfois comprendre l'exigence. La morale est ce qu'elle est, chacun se fabrique la sienne en puisant ici et là des valeurs qui lui tiennent à cœur. L'important reste le respect de l'autre quel qu'il soit. Ce n'est jamais l'autre qu'on rejette, mais toujours ses principes qui nous peuvent sembler intolérables. L'autre, c'est moi, avec un autre vécu, une autre culture, etc. Si je décide que je vaux quelque chose, alors l'autre aussi, c'est aussi simple que ça. Et tant que je ne me suicide pas, alors je vaux quelque chose. Ceux qui ont lu Camus savent qu'on peut se suicider pour défendre l'idée qu'on vaut quelque chose, mais ce n'est pas de ça que je parle.

Peu de gens m'intéressent ! La poignée de personnes dont j'ai parlé et cette autre, au-dessus de tout. Je suis exigeant envers elle plus que je ne le serais jamais pour moi. Mais il ne s'agit pas d'une exigence close, une interdiction, au contraire, je veux sa liberté totale. Encore faut-il que je sache qui elle est à 100% pour savoir ce qui la rend libre ou l'enferme, ce qu'elle choisit d'être et ce qu'elle se contraint d'être. On ne sait que très peu de chose des autres, aussi intéressants, aussi proches soient-ils de notre âme, mais il est des signes qui révèlent l'évidence. J'ai trop été contraint pour ne pas le savoir.

Bizarre ! Je voulais parler de moi et je parle des autres. Comme quoi, l'indifférence est un leurre. C'est bien, cela me réconforte, mais cela ne fait que donner le top départ, il faut pousser le véhicule maintenant. Être nécessaire ou ne pas être. C'est aussi simple que ça. Reste à faire le nécessaire.

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26 septembre 2009

Un chien d'ici

Crevé le crâne, sucée la cervelle. Le vent passe à travers les méninges. Le coeur est à sec, bien pire que celui de Lafcadio.
Le bonheur était là, à portée de doigts, et je l'ai pressé comme un citron.
J'ai tant souhaité revivre les notes de musique d'autrefois que j'ai tout enfermé, tout bousculé, juste les mains sur ses oreilles et les miennes toutes entières dans mes yeux.
Juste cela, un mur en guise de repos et la folie qui n'arrive plus à s'exprimer.
Le soleil, jaune de poussière, danse tout autour de moi. Il me fait des clins d'oeil, il m'aveugle et puis repart.
La lune est là, paresse indolente, indifférente au regain, indifférente à l'hiver qui vient.
Crevé le crâne, langue pendante, coupée au milieu du désert.
Ni la soif, ni la faim ne me sauveront cette fois.

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12 septembre 2009

La vie n'est pas compliquée

Je ne considère plus la vie comme étant compliquée. On nait, on mange, on apprend, on aime et puis on meurt. Cela, ce sont les désirs, la vie comme on voudrait qu'elle soit. Ensuite il y a la réalité : on nous jette sur terre, on a faim, on ne sait rien, on hait ou on ne nous aime pas (c'est pareil pour certains), et puis on disparaît. Entre le désir et la réalité, il y a le rêve : on nous prend dans les bras, on a faim mais jamais très longtemps, on aime librement sans avoir peur que l'autre nous rejette, sans avoir peur que l'aveu contraigne l'autre à répondre positivement (quand il veut dire non ou ne sait que dire), sans avoir peur que l'aveu fasse naître en l'autre une culpabilité qui n'a pas de raison d'être, sans avoir peur que l'aveu finisse, avec le temps, par devenir une erreur, sans avoir peur que l'aveu... tout simplement, et puis partir vers un ailleurs ou un ici différent, partir sans disparaître vraiment ou partir dans la joie sans peur et sans haine.
La vie n'est vraiment pas compliquée. C'est lorsqu'on essaye de la dire, qu'elle le devient, parce qu'elle n'est pas à dire. Mais bon, nous n'y pouvons rien. C'est un autre désir qui nous pousse à ça. Celui de se faire comprendre par l'autre. On se dit que si l'autre comprend notre vision de la vie, alors il nous comprendra, mieux, il nous prendra avec lui, à bord de son âme. Mais entre la pensée et les mots, quoiqu'en disent les psy et autres philosophes, il y a un monde infranchissable, celui des émotions, celui des sentiments, celui de l'inconscient.
Entre soi et l'autre, il y aura toujours le moi, cette peau fine et épaisse à la fois, qui nous sépare et nous lie.
C'est un truisme, je le sais, mais il est bon de le dire et le redire encore jusqu'à ce que l'évidence frappe et pénètre au lieu de rester au dehors, comme un objet qu'on observe et qu'on n'ose pas toucher.

Posté par danahm à 09:26 - Journal et pensées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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