01 octobre 2009
Plus bas encore...
Une drôle de lumière scintille dans le ciel. C'est un avion qui passe avec un mec ou une bonne femme à son bord. Je me demande parfois ce qu'on peut voir de là-haut, ici-bas, la nuit.
Parallélépipède rectangle en guise
de toit
Des cheminées noires et des miroirs
tournant parfois
Clins d'œil à l'air que suffoquent
les vieux
D'autres miroirs plus bas
Lumière blafarde bleue de mort
Et vive d'éclats
Brisures de cœurs riant à s'en faire
péter le foi
Entre un joint piqué là
Et une bière pas franchement fraîche
Plus bas encore
Des soleils minuscules
Qui envoient leur taches noires
Illuminer le vestibules où se poudre
la gamine
Plus bas encore
Des éclairs blafards
Sortant d'un poste de télé
Qui guide l'émotion
Plus bas encore
Un néon en faillite
Bleu violet blanc vert
Signale l'univers
Plus bas encore
Du blanc lumineux
Des oiseaux amoureux
Juste un rideau cachant la misère
Plus bas encore
Le silence affreux
Un vieux véritable
Chiquant son mégot
Plus bas encore
Rien
L'avion est passé
Il ne va pas revenir en arrière.
28 septembre 2009
au bord de la vie je rêve...
Bon, on va passer à des choses plus ouvertes. J'ail l'impression qu'on bavarde dans un salon, là.
Il faut te remuer toi aussi !!!
Des morceaux de bravoure entre les dents écorchent le corps des passants
je danse fière et sobre parmi elles, parmi eux
si vides et si indifférents
Un coquelicot s'ouvre entre mes reins qui s'épuisent
et je danse toujours jusqu'au matin
dans les boîtes de nuits
Je rêve quand le jour m'apperçois dodelinante
au bord de la vie je rêve...
02 septembre 2009
Jeu avec Mallarmé - du Guignon au Moi gnon
Le Guignon
Au-dessus du bétail ahuri des humains
Bondissaient en clarté les sauvages crinières
Des mendieurs d’azur le pied dans nos chemins.
Un noir vent sur leur marche éployé pour bannières
La flagellait de froid tel jusque dans la chair,
Qu’il y creusait aussi d’irritables ornières.
Toujours avec l’espoir de rencontrer la mer,
Ils voyageaient sans pain, sans bâtons et sans urnes,
Mordant au citron d’or de l’idéal amer.
La plupart râla dans les défilés nocturnes,
S’enivrant du bonheur de voir couler son sang,
O Mort le seul baiser aux bouches taciturnes !
Leur défaite, c’est par un ange très puissant
Debout à l’horizon dans le nu de son glaive
Une pourpre se caille au sein reconnaissant.
Ils tètent la douleur comme ils tétaient le rêve
Et quand ils vont rythmant de pleurs voluptueux
Le peuple s’agenouille et leur mère se lève.
Ceux-là sont consolés, sûrs et majestueux ;
Mais traînent à leurs pas cent frères qu’on bafoue,
Dérisoires martyrs de hasards tortueux.
Le sel pareil des pleurs ronge leur douce joue,
Ils mangent de la cendre avec le même amour,
Mais vulgaire ou bouffon le destin qui les roue.
Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour
La servile pitié des races à voix terne,
Égaux de Prométhée à qui manque un vautour !
Non, vils et fréquentant les déserts sans citerne,
Ils courent sous le fouet d’un monarque rageur,
Le Guignon , dont le rire inouï les prosterne.
Amants, il saute en croupe à trois, le partageur !
Puis le torrent franchi, vous plonge en une mare
Et laisse un bloc boueux du blanc couple nageur.
Grâce à lui, si l’un souffle à son buccin bizarre,
Des enfants nous tordront en un rire obstiné
Qui, le poing à leur cul, singeront sa fanfare.
Grâce à lui, si l’une orne à point un sein fané
Par une rose qui nubile le rallume,
De la bave luira sur son bouquet damné.
Et ce squelette nain, coiffé d’un feutre à plume
Et botté, dont l’aisselle a pour poils vrais des vers,
Est pour eux l’infini de la vaste amertume.
Vexés ne vont-ils pas provoquer le pervers,
Leur rapière grinçant suit le rayon de lune
Qui neige en sa carcasse et qui passe au travers.
Désolés sans l’orgueil qui sacre l’infortune,
Et tristes de venger leurs os de coups de bec,
Ils convoitent la haine, au lieu de la rancune.
Ils sont l’amusement des racleurs de rebec ,
Des marmots, des putains et de la vieille engeance
Des loqueteux dansant quand le broc est à sec.
Les poëtes bons pour l’aumône ou la vengeance,
Ne connaissent le mal de ces dieux effacés,
Les disent ennuyeux et sans intelligence.
« Ils peuvent fuir ayant de chaque exploit assez,
« Comme un vierge cheval écume de tempête
« Plutôt que de partir en galops cuirassés.
« Nous soûlerons d’encens le vainqueur de la fête :
« Mais eux, pourquoi n’endosser pas, ces baladins,
« D’écarlate haillon hurlant que l’on s’arrête ! »
Quand en face tous leur ont craché les dédains,
Nuls et la barbe à mots bas priant le tonnerre,
Ces héros excédés de malaises badins
Vont ridiculement se pendre au réverbère.
Stéphane Mallarmé, mars 1862
***
Le Moi Gnon
Le rêve cuisant de leurs banals jours
Tapant sur le macadam leurs misères sourdes
Les fait fuir dans d'inénarrables amours.
Ainsi que Beckett et ses indicibles gourdes
Qui s'attachaient au graphème démoli,
Aux mots vains, nous pesons de nos phrases trop lourdes.
La plèbe et le riche n'ont que le dégueuli
Des grasses maladies, des cancers et des biles,
Des arthroses comme point seul qui les relie.
Dans le monde mercantile des imbéciles,
Le grand poète que fut Gérard de Nerval,
Le rêveur absolu promeut les versatiles !
Ce n'est qu'au regard de l'ébloui et vénal,
Sous l'oeil inquisiteur de la vieille ménagère
Que se fait âprement la loi du capital.
Sous l'oeil ouvert de la tranquille jardinière
Pousse le doux refrain sain des troubadours altiers
Que rien n'achète au sain de la sainte lumière.
Mais le coeur même poète des hommes fiers ;
Au-dessus du regain que le bon Giono loue,
Au-dessus de tout n'est qu'une pompe aspirant l'air.
Astreint à ce vieux métier qui veut qu'on joue,
Au-delà de notre amour pour le vieil Hugo,
Le moderne, à être l'inventeur de la roue.
Les roues qui n'ont rien de tantrique disent Go,
Disent allez ! à ces grandes maisons confortables,
Ces laids champs capturés comme en un jeu de Go !
Ah, les vagues ameres suent des connetables,
Des chefs d'armées aux revers poisseux de caviar
Et d'argent, font les Napoléons regrettables.
Les vagues, de celles qui nous portent, sucent nos liards !
N'étaient que ces riens, nous chanterions notre âme
Qui reste mais on l'enchaîne ainsi qu'un baniard.
L'âme rame, bat la chair pour en surgir la flamme,
On lui a dit, comm' ça que l'esprit allumé
Vit, par-delà l'effort, un corps pesé en gramme.
L'âme rame, danse dans un grand bal costumé
Où le loup est la robe griffée et soyeuse,
Le trois pièce cravaté au Dior parfumé.
Rien n'est plus de bon gré, le malgré l'engraisseuse
Chante là, au sein de notre coeur de poids lourd,
Au sein du cuir plié par-dessus la trotteuse.
Rien n'est plus de bon ton aussi au sein du sourd,
De l'inadaptable coeur qui mène la vie
Là où l'éconduit à jamais le social cours.
Lorsque le goût du prurit rend la gent ravie,
Lorsque la main veines rougies tombe ses doigts,
L'on peut être alors sûr, le moins devient la vie.
Tout autour l'audimat et la bourse sont rois,
Homme et femme, deux visages de la vie future
N'ont de vérité que le nom qui leur échouat.
Un nom découpé au hasard d'une lecture,
Un repos de neurones au sein des télés,
Une construction dont la mode est l'imposture.
"Réveille-toi donc de tous ces champs constellés,
"Apprends le doux plaisir à regarder la lune
"Au travers des bips par ton coeur seul martelés.
"Résoud cette équation sans inconnue aucune :
"L'enfant, l'homme ainsi que la femme, l'un des deux né,
"Au sein du sain dessein suit la bonne fortune !"
Au gré du cours sinueux de la destinée,
Accroché au bras coupé de la réussite,
L'on espère et l'on est obstiné
A croire que le mieux est celui qui vient vite.
Jeu avec Mallarmé - du Salut au coeur lu
Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe ;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.
Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers ;
Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut
Solitude, récif, étoile
À n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.
Stéphane Mallarmé, février 1893
***
Coeur lu
Viens, oh coeur lu, le vieux mât
Qui nous servait de canne à vivre ;
Telle une chanson belle à suivre
Condamne l'âme qui l'aimât.
Je t'ai suivie, et s'il t'aimât
Bien mieux, moi au-delà je livre
Au courant du sang qui m'ennivre
Le baiser que moi seul clamât ;
Et l'âme à son regret volage
Bientôt de la douleur soulage
A coup de sermon au Salut
Le coeur vain, rétif, aussi sage
Que le rocher sec du talus
Qui me servit de saint visage.
Jeu avec Mallarmé - de l'Azur à l'Errance
Un jour que je n'avais pas d'inspiration, j'ai lu quelques poèmes de Mallarmé, et j'ai joué avec, le résultat n'est pas formidable, mais j'aime bien. En premier le poème de Mallarmé, et en second, le mien.
L'Azur
De l’éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poëte impuissant qui maudit son génie.
À travers un désert stérile de Douleur
Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?
Brouillards, montez ! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux !
Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.
Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !
― Le Ciel est mort. ― Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière,
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché,
Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle, vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...
En vain ! l’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus !
Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! l’Azur ! l’Azur ! l’Azur !
Stéphane Mallarmé
***
à Mallarmé et Géraldine B.
L'Errance
De la nubile errance l'âme rajeunie
S'abat, reine de qui tout puise le bonheur,
Comme miettes précoces aliment au fournil
Brûlant la propice paresse et la tiédeur.
Veillant, l'oeil inanimé, le coeur est à la garde
Avec à la veine un rasoir protubérant,
Et voit et vit. Que vivre ? De quel hallebarde
Trancher, berger, le mouton en moi abherant ?
Angoisses venez ! Saturez mes vieux sonotones
De vos bruits dont les désaccords capricieux
Grincent les oreilles et combien même aphones
Hurlez en mon coeur vos cris sourds et silencieux !
Et toi, oubli, ô oublis et mets à ta place
Un tout petit souffle de vent peint au fuseau,
Cher oubli, afin que de guerre jamais lasse
Ma main caresse le remors et le roseau.
Alors ! que la vieille nuit vienne inanimée
Mourir, et que la cheminée en ses tisons
Y brûle le dernier soupir de mon aimée
Qui sut me libérer de toutes mes prisons !
- Le ciel est mort. - Vers toi j'accours ! viens, ô lumière,
L'oubli de l'indifférence est tout ce qui nait
En ce lit qu'emplissent les amours grossières
Qui vident les jours moins vite que les années,
Et je veux, puisque mon âme est tarrie, d'un dé
Lancé à la face de tous les anciens murs,
Rejouer cette âme que la vie a vidé,
Casser le destin comme on casse un fémur...
En vain ! L'Errance est là, et je la sens qui hante
Mon destin. Mon coeur, tu te fais lassant et nu
Dedans ces belles et longues rues commerçantes,
Tu trottes tant que tu deviens las et tu pues !
Tu vagues et divagues, l'amour est une herse
Pendue à ton âme que mue l'impertinence ;
Mais que faire quand la réalité s'averse ?
Je suis damné ! L'Errance, L'Errance, L'Errance, L'Errance !
30 août 2009
Exercice de style - voyelles - juste pour rire

Une belle de coeur en le beffroi entra
Lorsque je me sentis froid et paria
Elle me tendit une bouche que mon coeur serra
Pour ne plus quitter ni celui-ci ni celle-là
Au bal qu'on donna à la lune l'un
Arriva l'instant où l'une
Au bord d'un mont qu'on dira dune
Disait son amour à l'une
Disait son amour à la fortune
La fortune menant au beffroi
La belle qu'y enferma la loi
D'un amour qu'elle eut pour moi
Un jour qu'en le très haut j'eus foi
Il se passa du temps entre le bal brasero
Et l'instant qui la fit Io
Qui me fit Zeus pour engendrer Caliméro
Cet enfant au chef permanent O
Que j'aimais serrer à l'heure du capuccino
Je l'aimais, elle, et Caliméro itou
La femme et l'oisillon serrant mon cou
Je l'aimais et son moindre bisou
Etait le grand rêve rêvé par le fou
Moi, l'insensé, je les ai accroché au clou.
22 août 2009
Adieu
à G. B.
Le désir est froid
juste le coeur qui bat
comme un mécanisme indépendant
et cette odeur qui vient de loin
la sueur au bord de tes reins
ces gestes faits et refaits
qui reviennent
comme un souvenir
juste un souvenir
dans le désir froid
de mon coeur
à présent éteint.
12 août 2009
à l'amour passion
à G. B.
J'ai mal comme à une blessure
collier de bleu
au ciel des nuages murs
que noient mes yeux
Un morceau d'éclaboussure
rie à mes oreilles
au silence des murs
ouvrent le soleil
Tu es là au bord des paupières
secouent mes lèvres
tu es là tout en prière
à attendre la fièvre
Et je monte avec elle
à bord de tes seins
quand le vin et le miel
éclaboussent les reins
J'ai mal à ta blessure
mon amour merveilleux
que le lit fait un mur
au soleil ouvre les yeux
Un morceau de brisure
crie comme la lumière
au soir des vomissures
retiennent les hiers
Tu es là au sang de mes heures
vague doigt et la peur
sue au regain du coeur
sue au ventre demeure.
06 août 2009
à Hugo, une dernière fois
Naissance d'une démocratie
Dehors c'est la tempête
Otpor et la liberté à perpet'
Gotov Je, il est fini
Dit l'ascenseur et la jeune fille
Desdichados
Mis amigos
Comme Nerval déshérités
Comme Nerval révoltés
Au creux des sirènes
Toujours le sang et les veines
Eclatées de soupir
Crient comme pour de rire
A Novi Sad, "les gens n'ont rien à perdre"
Titre Libération
Parce que la libération
C'est tout devenir être
Vivre au jour le jour
Quand le jour se lève
Et crève
A Kostunica la mère
Légitime légifère
Que Dieu fasse la cézarienne
Aussi prompte que certaine
Enfant nait
Enfant soit
Le monde t'attendait
Et t'attendra
Jusqu'au sang vomissant
L'air des rues oppressant.
27 juillet 2009
D'Ici à illeurs (Là)
XXI
à Charlie Parker
Au coeur du noir, c'est le jour au-delà
Charlie, l'oiseau chantant
celui que le saxo respire le coeur
bebop bebop
Au coeur, c'est la vie, ma vie - au rythme du piano grignotant le temps à coup de dents blanches et noires - la peau de même et le sang toujours rouge pour injecter les yeux aux fumoirs et blesser la peau quand la mort est prête.
Au coeur du noir, c'est la vie qui s'en va
à bout de souffle, dans une Ford années 30 où le ventre ronfle comme un derrière cherchant une issue à l'air.
C'est le chant, le bec rougi par le saxo et la force dans les bras, les doigts, les poumons.
Cela crie, cela pleure, cela parle, parle à ne plus savoir s'arrêter de parler.
Au coeur du noir, c'est la mort qui se bat
Elle se demande s'il faut l'emporter, cet air qui blesse l'oreille autant que le coeur. Le coeur toujours prêt à exploser la poitrine.
Cinq doigts dessus, cinq doigts dessous et des lèvres aussi endolories qu'un ventre de femme au travail.
C'est la vie qui gagne toujours même quand le corps n'est plus là. La vie dans l'air doux et oppressant que chante Charlie, the bird.
Au coeur du noir, c'est la vie qui veut ça
La vie, pas celle du coeur, mais celle de la pierre, du monde que l'on touche et qui ne réagit pas. Un cachet de 20 dollars pour que les pieds tapent le sol et que les ventres se noient d'alcool. Les coeurs ennivrés n'écoutent plus, il battent. Et son propre coeur à soi bat de même au son d'une aiguille lacérant le bras.
Au coeur du noir, c'est la nuit ici bas
Toujours le plafond qui écrase la tête et ce bras gonflé, criblé de trous qui traîne sur le flanc.
La pluie dehors bat la fenêtre et gicle sur la peau qui tréssaille et se tait, se calme, s'endort.
Au coeur du noir, il se noie
le rythme lent va vite. Cela s'appelle blues rythmé et cela prétend au rock, la pierre efficace.
Mais le rock, c'est aussi la glace que réchauffe l'alcool aux ventres perforés. C'est le rire à l'éclat, bien au-delà des mots.
C'est la vie qui s'en va, même si la mort n'en veut pas.
XXII
Marie
Des seins coincés au haut d'un corps
un pubis que les jambes tentent d'avaler
elle était telle
et rien de plus
pour les hommes que le destin
lui a fait connaître.
XXIII
Là-bas-lle-l'icite
L'enfant là-bas
la balle à la main
vit
L'enfant ici
la balle à Roissy
gît
Un homme
tout de noir éteint
le tient
Des hommes des femmes
tout autour
passent
Là-bas c'est la vie
avaient-ils dit d'ici
Là-bas c'est la vie.
XXIV
Le fixe et le mouvant
Au vaste monde que reflète mon amertume
je choisis de donner vie
non pas que cela me ravit
mais c'est faire injustice que tuer ce qu'hume
chaque homme en son corps
chaque être en son vivant
Ici est la vie où est le mouvant
le fixe est cet oeil qu'Osiris sort
de son ventre gonflé d'espérance
oh naïve, naïve espérance
l'oeil de vie est celui du rêve sous la paupière
à la cadence de ses aventures éphémères
il danse et l'extase au seuil
perce même le cercueil.
XXV
Malentendu
Au soir
quand se couche le corps
une âme prête à éclore
on sort
Des lumières cachent la nuit
Des restaurants
à l'enseigne de Gavroche
crachent leur reste au rang
des pouilleux dehors
Le corps en alerte
et l'âme prête
on dort.
XXVI
à l'Ange
Une fenêtre ouverte
Au moindre vent qu'aiguise la sentinelle
un morceau de fioriture s'y fourvoit
et c'est la déconfiture
si l'on n'y voit pas plus loin que cela
Un reste de vent écarlate
ensanglante la dent sage
et c'est à son soin que le permanganate
vient y glisser ses orages
Un vieux au sein tombant
vient encore sous le pont me questionner
il me demande si le tombeau d'avant
n'était pas pour lui, le mauvais né
Un regret que le simple jour
n'apaise ni de sa fleur ni de son soleil
Je lui réponds que l'amour
n'est point du et que l'éveil
c'est une fenêtre ouverte sur le demain
que chacun espère et que personne ne retient
une sorte d'aventure que l'incertain
garde précieusement en son sein.
XXVII
Les vieux et la terre
La terre est là qui lèche
de ses herbes grasses
le ventre qu'elle tend à la bèche
une bouche qu'embrasse
le fer crénelé de rouille
Amour violent, lent, tenace
le ver sur le fer grouille
et si la pluie menace
un sourire aux lèvres
les vieux lentement se lèvent
regardent, regardent la terre
regardent le ver
grouillant sur le fer
et le sourire amer
se ferme et le coeur
ralentit, à peine, ses heurts.
XXVIII
à Géraldine B.
Elle n'avait de vie que la mort
tombe après tombe l'essort
nageait au bord des mares
nageait au bord des mares
Hugo le bon vieillard
venait à elle quand tard
le soir la laissait au bord
d'une fosse pas refermée encore
Des mots s'accrochaient à sa bouche
tentaient d'ouvrir ses lèvres
mais seuls les yeux fermés
perlaient quelques soupirs
Tout était sec
les os craquaient dans son dos
et c'est la poussière
juste soulevée par le vent
qui lui disait peut-être
ici respire le temps.
XXIX
à Romy Schneider
un non pour deux si
Assise au bord des jours révolus
elle heurte de ses pieds les remords
d'un revers de main les morts
le lac est paisible et rayonnant
dans la vallée lointaine
c'est là qu'est le fruit dit la Certaine
un beau matin
aux alentours des rêves épandus
le vent souffle
qu'elle n'entend pas encore
Attachée au sein du coeur éternel
elle chante le grand Danube bleu
et l'Hongrie souveraine
et puis se tait quand Elizabeth la reine
au balcon blanc des espérances
vient y mourir
sa révérance.
